Gaz de schistes Plaines du Languedoc

 janvier 2012

Gaz de schistes : Plaines du Languedoc

Certains ont voulu croire que les gaz de schistes, c’était fini. Pourtant, fin janvier 2012, a eu lieu un colloque qui se posait gravement la question : « Gaz des schistes : l’interdiction, comment en sortir ? ». Comme celui-ci affichait une volonté de contourner un acte législatif on pouvait penser que des sociétés pétrolières – mal intentionnées – l’avaient organisé pour  préparer un affrontement entre elles, grandes entreprises défenseuses de leurs intérêts privés, et l’Etat représentant de l’intérêt commun. Cet ‘affrontement’ qui est le poncif des politiciens de gauche. Or, « Tous les grands industriels du secteur, les parlementaires compétents et les responsables de l’administration étaient là », dit la plaquette de présentation. Et, ô surprise, le premier ministre du gouvernement, les ministres de l’industrie et de l’écologie étaient là en personne, présidaient même la rencontre,… ceux-là même qui interdisaient la fracturation hydraulique il y a quelques mois étaient présents pour se demander comment se sortir de l’interdiction qu’ils avaient eux-mêmes mis en place !

Voilà donc ce qui nous pend au bout du nez : on espère nous remettre les gaz de schistes sur le tapis mais, pour ce faire, il faut bien se réunir entre gens compétents, bien entendu – des gens qui se comprennent parce que chacun est là à sa place pour gérer les choses et trouver le bon moyen de faire accepter au bon peuple ce qu’il a le mauvais goût de dédaigner obstinément. Ce qu’on disait pendant la Commission Nationale des Débats Publics (CNDP) sur les nanotechnologies en 2009 (1) – à savoir que les débats étaient une manœuvre pour faire accepter ce qui avait été déjà décidé et organisé par l’Etat et les grandes entreprises revient tel quel aujourd’hui avec les gaz de schistes. On va maintenant essayer de faire accepter à la population ce qu’elle a massivement refusé dans un premier temps. L’Etat et les industriels  s’attèlent avec ferveur à trouver la bonne méthode, la plus efficace.
Venons-en à notre permis d’exploitation des plaines du Languedoc. Une vaste zone est donc promise à une société pétrolière pour prospecter, explorer et extraire – s’il y en a – gaz ou huiles de schistes. Permis toujours en cours de validité malgré l’interdiction de la seule méthode qui pourrait conduire à extraire les hydrocarbures. Quelle est la logique de l’Etat dans cette affaire ? On trouvera d’autres moyens d’extraire – c’était l’espoir affiché de Fillon et NKM – mais comme ça ne va pas assez vite alors on reprend les anciens et on leur donnera un autre nom (2) ; au lieu de ‘fracturation hydraulique’ on dira …‘stimulation de la roche mère’, ça sonne tellement mieux, n’est ce pas ? et peut-être bien que ça passera mieux auprès des récalcitrants.

Allons maintenant rapidement à l’essentiel. Il y a, en gros, deux aspects gênants dans cette affaire de gaz de schistes : la pollution de l’air, de la terre et de l’eau, bien sûr, d’une part – c’est ce que beaucoup reprennent à juste titre mais parfois pour éviter de parler du second aspect : la destruction d’un cadre de vie (et d’une vie) qui pouvait être parfois agréable au profit d’avantages bien incertains (ce n’est peut-être pas pour rien que dans les villages on s’est mobilisé plus volontiers que dans les villes). Ceci est pourtant essentiel pour pas mal de gens qui sont sensibles aux dégradations subies par le monde que nous tentons d’habiter. Il est clair que la fuite en avant technologique que nous vivons nous fait affronter des risques de plus en plus grands et que les accidents provoqués deviennent toujours plus graves. Il devient ainsi primordial de rejeter tout ce qui justifie cette attitude suicidaire.
C’est une critique plus globale qui va au delà du rejet de la fracturation hydraulique : imaginons qu’on trouve du pétrole ou du gaz (accessible sans fracturation hydraulique ou bien qu’on ait trouvé méthode moins polluante) imaginons que l’avenir du pays où nous vivons soit d’être hérissé de derricks, traversé constamment par des camions, …comme dans le delta du Niger ou d’autres endroits de ce genre. Que dirions nous ? …plus rien ? Très clairement, le refus des gaz de schistes est basé pour la plupart des gens – consciemment ou non d’ailleurs – sur le refus de cette ‘fuite en avant’. Et il est important que cette critique soit plus visible pour tous.

Un autre élément qui attire l’attention est la réforme du code minier que l’Etat a entreprise. L’objectif de cette réforme étant clairement de faciliter l’accès au sous-sol pour les sociétés pétrolières ‘foreuses’.
Peut-on obtenir du pouvoir un débat public pour une vraie réforme qui tienne compte des intérêts, du bien être des gens et du monde dans lequel nous vivons ? En entendant ceux qui soutiennent cette idée préciser qu’il doit s’agir d’un  » véritable  » débat on sent bien qu’il y a une certaine méfiance de leur part. A juste titre !
L’idéal serait, sûrement, qu’il y ait une discussion, une confrontation des idées. Mais enfin, nous avons eu des exemples de débats que les dirigeants de l’État veulent – ou peuvent ? – nous produire. Pour ne prendre que celui de 2009 sur les nanotechnologies (3), il fut, depuis sa conception, une manœuvre tarabiscotée pour rendre acceptable ce qui ne l’est pas. Et qui a déjà été décidé en haut lieu. Du reste, de nombreuses craintes ont été manifestées et de vives critiques ont été faites à l’encontre des produits contenant des ‘nanos’ et… y a-t-il eu quelque évolution que ce soit depuis que l’Etat a mis fin à ce débat ? bien sûr, aucune mesure de précaution n’a été instituée par la loi, aucune interdiction de quelque produit dangereux de ces nanotechnologies que ce soit n’a été mise en œuvre malgré les risques désormais avérés. La fabrication des ‘nanos’ a commencé bien avant les débats et a continué après comme si aucun débat n’avait eu lieu. C’est là le fait marquant : voilà la seule idée des débats que nos politiciens peuvent mettre en pratique. Par ailleurs, on remarquera que les mobilisations importantes et déterminées co ntre les gaz de schistes ont vite amené le gouvernement à interdire la fracturation hydraulique – même si c’est pour aujourd’hui se demander « comment sortir de cette interdiction ? ». On les comprend : devant l’étendue et la détermination de la mobilisation ils devaient parer au plus pressé !
Y a-t-il aujourd’hui possibilité d’imposer à l’Etat un vrai débat ? en l’état actuel des choses, c’est impossible. Le refus d’un nouveau code minier s’impose donc de fait comme le plus cohérent. Même si l’ancien code minier – comme toute autre réglementation – n’est pas l’idéal puisqu’il a permis « l’entourloupe qui a consisté à accorder des permis dans la plus grande discrétion ».

Ceci dit, pour y voir plus loin dans cette affaire, la réforme du code minier n’est une « nécessité » que pour ceux qui se satisfont de l’ordre actuel du monde. Ceux qui pensent qu’on pourra amender le système pour le rendre meilleur au moment même où il montre ses limites : l’incapacité structurelle à préserver la vie sur Terre n’en est pas la moindre.
Dans tous les discours des gestionnaires du système il n’y a aucune alternative à la croissance, à l’innovation technologique perpétuelle, à l’« artificialisation » progressive de la vie, bref à ce qu’il est convenu d’appeler « le développement durable ». Qui n’est que le développement économique quand celui-ci est plus ou moins balisé par des réglementations de couleur verte. Tous les pouvoirs ont recours au ‘développement durable’ aujourd’hui : des multinationales aux Etats en passant par les partis politiques. Car il s’agit là encore de développement, de croissance et du capitalisme qui poursuit sa course. Ceux qui croient qu’un  » autre capitalisme  » est possible s’accrochent à l’idée d’un nouveau code minier, d’une maîtrise des flux financiers, d’un retour à l’Etat providence, etc… ils croient qu’on va pouvoir discuter raisonnablement avec le pouvoir et leur faire …comprendre qu’il faut être prudent – le fameux principe de précaution. Alors que tout montre aujourd’hui que l’avenir est au pire, que le capitalisme est le dos au mur et qu’il faudra se battre pour que – …au moins – ce monde et les immondices qu’il fabrique ne s’écroule pas sur nous. Et qu’ayant cet objectif – pourtant minimal – on ne pourra compter que sur nous-mêmes.

1 – lire la page « Une manipulation de plus : les débats sur les nanotechnologies » sur ce même site.

2 – comme pour la Constitution à Giscard qui s’appelle maintenant Traité de Lisbonne.

3 – mais il y en eut d’autres ; sur le nucléaire notamment. Avec quels résultats ?

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