La réforme du Code minier avant les forages

Le 20 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg

Forera-t-il ou ne forera-t-il pas ?

> La fédération des associations françaises de protection de l’environnement met le doigt là où ça fait mal. Dans un communiqué diffusé aujourd’hui 20 juin, France Nature Environnement (FNE) s’étonne d’une contradiction relevée dans le premier message commun diffusé, le 14 juin, par les ministres de l’écologie et du redressement productif.

> Dans leur communiqué, Nicole Bricq et Arnaud Montebourg annoncent le lancement (maintes fois reporté, ces dernières années) de la refonte du Code minier. Un chantier qui permettra «de renforcer les procédures environnementales et de concertation avec les populations concernées ainsi que d’obtenir des garanties économiques et écologiques qui n’existent pas aujourd’hui», précisent-ils.

> Joie des environnementalistes, immédiatement refroidie par le paragraphe suivant indiquant que «conformément au principe de continuité et de respect des engagements de l’Etat, il n’est pas envisagé de remettre en cause les permis déjà octroyés pour la recherche de pétrole et de gaz conventionnel».

> Problème, peu de temps avant, Nicole Bricq avait publiquement annoncé «la remise à plat de tous les permis», et notamment l’autorisation de forage accordée à Shell au large de la Guyane [JDLE]. Au grand dam des responsables du groupe anglo-néerlandais qui ont affrété un coûteux navire de prospection.

> «Une réforme du Code minier avant le démarrage de tout nouveau forage exploratoire à terre et en mer est impérative. En Guyane, une évaluation sérieuse du risque environnemental doit être réalisée. La réduction du déficit de la balance commerciale lié à l’importation de pétrole et de gaz ne peut pas se faire au détriment de la biodiversité guyanaise et de l’ensemble des activités économiques fortement impactées en cas de catastrophe écologique majeure», estime le président de FNE, Bruno Genty, dans un communiqué.

> Après avoir vu l’étude d’impact de Shell, l’association Robin des bois donne du grain à moudre à FNE.

> «L’étude d’impact du cabinet Creocean (commandée par Shell) aborde exclusivement le fonctionnement normal des forages», souligne l’ONG. Et «quoique minimale, l’étude de Shell/Creocean démontre que même si tout se passe bien, ça se passera mal pour un environnement marin fragile, productif et peu pollué», ajoute l’ONG. Alors que 4 forages ultra profonds sont prévus à 150 kilomètres au large de Cayenne, le premier devait, selon l’ONG, atteindre «1.970 mètres jusqu’au fond de la mer et plus de 4.330 m sous les sédiments marins».

> Le document du cabinet d’étude parle bien d’une «faune benthique riche diversifiée et largement répandue», selon l’ONG, mais n’évoque pas les conséquences dramatiques des rejets inévitables des déblais en mer.

> «Shell n’a pas prouvé sa capacité à stopper rapidement et à confiner une marée noire accidentelle», dénonce Robin des bois dans un communiqué. La compagnie pétrolière «n’a pas trouvé d’autre moyen que de rejeter en mer ses déchets liquides et solides d’exploration et de pompage expérimental», note l’ONG.

> «Pour un seul forage, la première phase dispersera autour de la tête de puits 200 tonnes de déblais et l’auréole de contamination sera visible jusqu’à 500 m», selon l’ONG. Les prochaines phases donneront ensuite lieu «à des lâchers successifs» depuis le navire de forage de plusieurs centaines de kilogrammes de déblais et fluides usagés, avec des contaminants comme le baryum, le mercure et le plomb. Selon l’étude d’impact, la quasi-totalité de ces polluants «sera uniformément répartie sur les fonds de l’océan et ne se dispersera pas dans la colonne d’eau», précise l’ONG.

> Cette pollution, insistent les écologistes, «nuira à l’état sanitaire et aux capacités de reproduction» des poissons, des crevettes -dont la Guyane est une grande exportatrice-, des mammifères marins, des tortues et des oiseaux de mer comme l’albatros à bec jaune qui est en voie d’extinction.

> Sans oublier les émissions lors les essais de pompage, prévus sur 5 jours, de l’équivalent journalier en CO2 de 265.000 voitures, soit 2.300 t, note l’ONG qui compare cela aux 155t/jour de CO2 émises par les voitures à Cayenne.

> S’y ajoutent le soufre et les métaux lourds émis par la torchère du navire de forage, non quantifiées par l’étude d’impact, selon les écologistes.

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Rio+20 (VIDEO) : près de 50 000 personnes contre l’économie verte

A l’occasion de la publication d’une courte vidéo revenant sur la manifestation qui a réuni plus de 50 000 personnes dans les rues de Rio de Janeiro, « pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs », voici une vidéo réalisée par Alter-Echos (www.alter-echos.org), nous nous permettons de vous informer des récents articles parus sur ce sujet :
En vous souhaitant bonne réception. N’hésitez pas à diffuser ou reprendre sur vos propres sites ou blogs (source : Alter-Echos – www.alter-echos.org)

> Maxime pour Alter-Echos

Urgent: Sauvez Rio, Sauvez la planète


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> Plus d’un million de personnes ont appelé les dirigeants mondiaux à stopper les subventions aux énergies polluantes au Sommet de la Terre de Rio, or nos chefs d’Etat n’ont rien fait. Désormais, la dernière chance de sauver les pourparlers se trouve entre les mains de la présidente brésilienne Dilma Rousseff — signez la pétition urgente l’appelant à devenir l’héroïne mondiale du climat en mettant un terme aux cadeaux aux pollueurs!
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Plus d’un million de personnes ont appelé les chefs d’Etat du monde entier à mettre fin aux subventions aux énergies polluantes lors du Sommet de la Terre de Rio — une mesure logique qui permettrait d’utiliser les 1000 milliards de dollars offerts aux sociétés pétrolières pour les réinvestir dans les énergies renouvelables. Mais le sommet est un fiasco – malgré le soutien de l’Union européenne, des États-Unis et de la plupart des pays du G20! Les discussions prendront fin dans 48 heures. C’est maintenant qu’il faut agir pour sauver l’avenir de la planète.

> La présidente du Brésil Dilma Rousseff accueille ce sommet, elle a le pouvoir de rouvrir les discussions et d’exiger un calendrier pour la baisse des subventions aux sociétés pollueuses. Mais pour l’heure, elle envisage de laisser les négociations se conclure sur un texte creux. Nous pouvons la faire changer d’avis.

> Il reste 2 jours à Dilma Rousseff pour émerger comme héroïne du climat mondial. Signez cette pétition urgente dès maintenant et faites-la suivre à tout le monde – une fois qu’elle aura atteint à 500 000 signatures, Avaaz la remettra directement à Dilma Rousseff et publiera une annonce percutante dans le Financial Times:

> http://www.avaaz.org/fr/sauvez_rio_sauvez_la_planate/?bdcslbb&v=15388

> Nous avons déjà fait d’énormes progrès vers la fin des subventions aux énergies fossiles au cours des quinze derniers jours.Ensemble, nous avons:

  • Déployé un billet géant de 1000 milliards de dollars sur les plages de Rio et de Los Cabos avec nos amis de 350.org. Cette action a attiré l’attention de médias clés à travers le monde et permis de faire entendre l’appel de plus d’un million de personnes en faveur de la fin des subventions aux pollueurs.
  • Remis une pétition de plus de 750 000 signataires directement au Premier ministre du Royaume-Uni David Cameron ainsi qu’au président mexicain du sommet du G20.
  • Pesé massivement dans la consultation organisée par l’ONU – qui a fait de la fin des subventions aux énergies fossiles la priorité absolue pour le Sommet de la Terre. Nous avons gagné avec plus de 66% des voix!
  • Inondé les ministres de l’Environnement du Mexique et de Nouvelle-Zélande de messages leur demandant de faire pression pour la fin des subventions aux pollueurs.
  • Et notre équipe sur le terrain à Rio et à Los Cabos a conduit un plaidoyer incessant pour convaincre hommes politiques et diplomates – participant ainsi à des dizaines de réunions avec des officiels de haut niveau représentant des pays clés.

Le décor est planté et Dilma Rousseff dispose de la solution idéale pour transformer de vains pourparlers en un résultat tangible: mettre fin aux subventions aux énergies fossiles. Nous avons seulement 48 heures pour la pousser à l’action — cliquez ci-dessous pour signer:

> http://www.avaaz.org/fr/sauvez_rio_sauvez_la_planate/?bdcslbb&v=15388

> Le mouvement visant à mettre fin aux subventions aux énergies fossiles est à un moment charnière. Plus d’un million d’entre nous ont signé des pétitions appelant à l’action, de Rio à Delhi, Londres ou Sydney. Nous entrons dans les dernières heures du Sommet de la Terre à Rio, continuons la pression/mobilisation jusqu’à la victoire!

> Avec espoir,

> Iain, Antonia, Jamie, Emma, Ricken, Diego, Pedro et le reste de l’équipe d’Avaaz

> PLUS d’INFOS:

> Rio + 20 – Un accord a minima attend les chefs d’État (Le Point):
> http://www.lepoint.fr/monde/rio-20-un-accord-a-minima-attend-les-chefs-d-etat-21-06-2012-1475940_24.php
>
> Greenpeace: « Rio+20 est devenu un échec épique » (RTL.be)
> http://www.rtl.be/info/magazine/sciencesenvironnement/886827/greenpeace-rio-20-est-devenu-un-echec-epique-
>
> Récit en images, tweets et vidéos de la campagne #EndingFossilFuelSubsidies (Huffington Post, en anglais)
> http://www.huffingtonpost.com/jake-schmidt/endingfossilfuelsubsidies_b_1607288.html
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> Vidéo de l’action médiatique contre les énergies polluantes (Reuters):
> http://in.reuters.com/video/2012/06/19/g20-fossil-fuel-protest?videoId=236062951&videoChannel=117460
>
> Le dernier texte de discussion du Sommet de Rio+20 (en anglais)
> http://avaazpress.s3.amazonaws.com/295The%20Future%20We%20Want%2019%20June%202.45am.doc
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Parlement européen : ça sent le gaz pour le schiste

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Bruxelles, le 19 juin 2012


> Parlement européen : ça sent le gaz pour le schiste !

La commission du développement vient de voter en faveur du rapport pour Avis de l’eurodéputée Verte Catherine Grèze sur les « Incidences sur l’environnement des activités d’extraction de gaz et huile de schiste » et s’est donc clairement prononcé contre l’exploitation des gaz de schiste. Catherine Grèze, impliquant la société civile et tous les partis politiques, a axé son rapport autour de la question de la responsabilité de l’Union européenne envers les pays en développement et de la nécessité d’avoir un cadre juridique contraignant. C’est le premier texte émanant du Parlement européen qui vient contredire la logique « pro-gaz de schiste » du responsable du dossier, Monsieur Sonik, parlementaire conservateur polonais.

Pour Catherine Grèze, députée européenne du Groupe des Verts/ALE, Coordinatrice de la commission du développement :

« Le dossier « Gaz de schiste » dont nous parlons aujourd’hui n’est pas un dossier ordinaire. Il est question de destructions qui risquent d’être irréversibles pour l’ensemble de la planète. La mobilisation citoyenne anti-gaz de schiste partout en Europe a été inédite, mais les conséquences de cette nouvelle forme d’énergie dépassent nos frontières et sont encore plus préoccupantes pour les pays en développement.

Nous n’avons déjà que trop d’exemples désastreux des conséquences de l’exploitation du pétrole dans des pays en développement ou émergents. Des entreprises comme Repsol, Total, ou encore Pérenco ne sont pas étrangères aux conséquences terribles de leurs agissements sur les populations locales et leur environnement comme par exemple dans le Neuquen (Argentine) ou dans le Péten (Guatemala).

De nombreuses études démontrent que plusieurs risques graves (pollution de l’air, des eaux et des sols) pour l’environnement et la santé sont liés à l’extraction de gaz de schiste. La technique de fracturation nécessitant de l’eau en très grande quantité et le recours à des produits chimiques en masse, l’accès à l’eau serait totalement remis en cause dans des pays où son manque se fait déjà cruellement ressentir. De plus, les acquisitions de terres à des fins d’exploitation minière de pétrole et de gaz constituent un moteur essentiel d’accaparement des terres au niveau mondial et menacent sérieusement les communautés indigènes, les agriculteurs et les personnes les plus pauvres en ce qui concerne l’accès à l’eau, aux sols fertiles et à l’alimentation.

La législation européenne actuelle ne prévoit pas de garanties suffisantes et ne permettra pas d’éviter le pire. Il faut mettre en place une législation contraignante pour les entreprises européennes, c’est ce que je rappelle aujourd’hui à l’ensemble des responsables européens. L’Union européenne a la responsabilité d’influencer leur comportement en faveur de pratiques plus soutenables, c’est-à-dire en renforçant les normes et les règlements sur la gouvernance d’entreprise appliqués aux banques et aux fonds qui les financent. »

Contact presse :
> Fanny Thibert
> Attachée parlementaire locale
> 06 58 41 47 75

Notre sous-sol ne doit pas être une poubelle

A lire aussi sur le blog de NE77:
http://nature.environnement.77.over-blog.com/
Samedi 16 juin 2012616/06/Juin/201209:20

Quelle évolution pour le code minier ?

Le ministère de l'écologie vient de mettre en place une consultation par
internet sur un projet de modification de l'
*Arrêté du 17 juillet 2009 relatif aux mesures de prévention ou de
limitation des introductions de polluants dans les eaux souterraines*
afin de permettre l'injection de CO2 dans le sous-sol.

 Rappel : début 2011, la compagnie pétrolière Vermilion nous a avoué
avoir renvoyé toutes ses sauces de fracturation hydraulique contenant un
cocktail de polluants dans la nappe d'eau du Dogger !

Ceci est bien permis depuis 2009 par cet arrêté ! Voir notre précédent
article à ce sujet

Nous demandons l’abrogation de l'alinéa 2 de l'article 9 de cet arrêté
qui autorise, entre autres, "l’injection d’eau contenant des substances
résultant d’opérations de prospection et d’extraction d’hydrocarbures ou
d’activités minières ".

A l'heure où tous les citoyens sont de plus en plus préoccupés par la
préservation de notre environnement, il est inadmissible que la loi
permette aux industriels de considérer notre sous-sol comme une solution
économique pour se débarrasser de leurs déchets !

Tant qu'un nouveau code minier interdisant l'introduction de produits
toxiques dans notre sous-sol ne sera pas applicable, Nature
Environnement 77 sera opposée à tout nouveau forage.

*Notre sous-sol ne doit pas être une poubelle !*

Gaz de schiste : ExxonMobil se retire de Pologne après de premiers résultats décevants

18 juin 2012  |  Actu-Environnement.com

L’AFP rapporte que le pétrolier et gazier américain ExxonMobil a décidé de se retirer de Pologne, où il a exploré des gisements de gaz de schiste sans en trouver en quantités commercialement exploitables.

« Nous n’avons pas identifié de flux constant et commercialement justifié d’hydrocarbures dans nos deux sites de forage près de Krasnystaw, dans le bassin de Lublin (sud-est) et près de Siennica, dans le bassin de Podlasie (est) », a expliqué Adam Kopysc, un porte-parole d’ExxonMobil Exploration and Production, cité par le quotidien polonais Gazeta Wyborcza.

Un rapport officiel publié par l’Institut national de géologie (PIG) avait estimé les réserves polonaises exploitables de gaz de schiste à 1.920 milliards de mètres cube au maximum, plaçant la Pologne en troisième position des pays européens riches en gaz, derrière la Norvège et les Pays-Bas.

Philippe Collet

Maryse ARDITI
> Ecologie du carcassonnais, des corbières
> et du Littoral audois

eccla.free.fr

Gaz de schiste : Aucun permis n’est suspendu

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
> > La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et le ministre du
> > Redressement productif confirment que le code minier va faire l’objet d’une refonte qui
> > permettra de renforcer les procédures environnementales et de concertation avec les
> > populations concernées ainsi que d’obtenir des garanties économiques et écologiques
> > qui n’existent pas aujourd’hui. Cette refonte sera faite dans le respect des principes
> > régissant l’investissement et la coopération internationale.
> > Ils vont également s’employer à rendre plus transparents les permis et les autorisations accordées.
> > Ce chantier sera l’occasion pour le nouveau Gouvernement de réexaminer les conditions
> > d’exploration et d’exploitation du gaz de schiste.
> > Ils tiennent à préciser que, conformément au principe de continuité et de respect des
> > engagements de l’État, il n’est pas envisagé de remettre en cause les permis déjà
> > octroyés pour la recherche de pétrole et de gaz conventionnel.
> >
>
> Maryse ARDITI
> Ecologie du carcassonnais, des corbières
> et du Littoral audois
> eccla.free.fr

Hydrocarbures: Bricq et Montebourg suspendent tous les permis

Le 13 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg


un coup d’arrêt à l’exploitation des gaz de  schiste.
> Enfer et stupéfaction! Telle est la double réaction des compagnies pétrolières opérant en France. A commencer par la Shell.

> Alors que le puissant navire d’exploration doit arriver au large de la Guyane dans les jours qui viennent [JDLE], la compagnie anglo-néerlandaise vient d’apprendre que son permis, dit «Guyane Maritime», était «suspendu». Nouvelle qui a été confirmée par la ministre de l’écologie, lors de sa première conférence de presse, donnée cet après-midi 13 juin.

> «Avec Arnaud Montebourg [ministre du redressement productif et à ce titre en charge de l’exploitation des hydrocarbures, ndlr], nous avons remis à plat tous les permis», a expliqué Nicole Bricq. Dans la foulée de sa réunion médiatisée, la ministre devait d’ailleurs s’entretenir avec Patrick Roméo, le patron de la filiale française de la major.

> Si la raison précise de la «remise à plat» des 93 permis en cours de validité n’a pas été communiquée, elle s’inscrit dans la volonté exprimée par l’ancienne sénatrice de Seine-et-Marne (et opposante à l’exploitation des gaz de schiste) de réformer le Code minier. Une entreprise qui s’annonce d’ores et déjà de longue haleine.

Lagarde: comment la planète peut garder son triple A

Le 13 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg


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Le changement climatique est le challenge à relever pour cette génération.
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> Dans un discours remarqué, la directrice générale du Fonds monétaire international dresse le tableau des réformes qui permettront de conjuguer relance économique, hausse des niveaux sociaux et protection de l’environnement. A méditer.

> L’organisation de grands sommets internationaux sur la préservation de la planète libère parfois la parole des grands leaders. Rio +20 ne fait pas exception à la règle. Pour preuve: Christine Lagarde, dont on ignorait jusque-là l’intérêt qu’elle porte aux questions environnementales, a présenté, hier 12 juin, sa vision de l’économie verte. Laquelle devrait bousculer certaines idées reçues.

> L’ancienne ministre de l’économie n’a, tout d’abord, pas cherché à minorer les menaces pesant sur la planète. «Nous sommes confrontés à une triple crise: une crise économique, une crise environnementale et, de plus en plus, une crise sociale. L’économie mondiale reste secouée par des turbulences, avec des perspectives incertaines en matière de croissance et d’emploi. La planète se réchauffe rapidement, avec des conséquences inconnues et peut-être terribles à terme. Dans trop de sociétés, l’écart entre les nantis et les démunis se creuse, et les tensions s’accentuent. Bien qu’elles soient distinctes, ces différentes menaces se renforcent mutuellement par le biais de mécanismes complexes. Nous ne pouvons pas nous attaquer à chacune de ces menaces isolément. Nous devons produire un cercle vertueux et éviter un cercle vicieux.»

> Pour produire ce cercle vertueux, trois types d’action, estime-t-elle, doivent être conduites en parallèle: «partir sur de bonnes bases», «bien établir le prix d’une économie verte» et «arriver à une croissance mieux partagée».

> Sans surprise, le redémarrage de la machine économique suppose, indique la directrice générale du FMI, de réduire l’endettement des pays riches, de soutenir leurs banques, de réformer leur marché du travail. Les pays émergents qui le peuvent devront, eux, «diversifier leur économie», «s’intégrer sur le plan commercial» et surtout «investir davantage dans les infrastructures». Vertes, bien sûr.

> Relancer la croissance, donc, «mais en la plaçant sur une autre voie qu’avant la crise. Nous savons tous que la croissance économique peut nuire à l’environnement et que la dégradation de l’environnement peut à son tour nuire aux résultats économiques. Nous devons bien établir le prix de l’économie verte». Et c’est là que les élites américaines ou chinoises risquent de déchanter. Rappelant que le changement climatique «est manifestement l’un des plus grands défis de notre époque», l’ex-avocate plaide pour la mise en vigueur de marché de quotas de gaz à effet de serre (comme dans l’Union européenne), de taxes environnementales, mais aussi de taxe carbone aux Etats-Unis et pour les secteurs aérien et maritime.

> «Aux Etats-Unis, par exemple, une taxe sur le carbone d’environ 25 dollars (20 euros) par tonne de CO2, qui relèverait le prix d’un gallon d’essence de 22 cents, pourrait rapporter environ 1% du PIB, soit plus de 1.000 Md$ (778 Md€) sur 10 ans. Les taxes sur les émissions aériennes et maritimes internationales rapporteraient environ un quart des 100 MD$ (78 Md€) nécessaires pour l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets dans les pays en développement, des ressources que les pays développés se sont engagés à mobiliser d’ici 2020.»

> Mais le CO2 n’est pas tout. Christine Lagarde préconise aussi une revalorisation du prix de l’eau destinée à l’irrigation. «Les agriculteurs dans les pays riches ne paient pas assez, s’ils paient quoi que ce soit, pour des ressources en eau de plus en plus rares.» Reprenant à son compte les arguments développés depuis des années par l’Agence internationale de l’énergie, elle appelle aussi à l’élimination des subventions à la consommation d’hydrocarbures. «Un grand nombre de pays continuent à subventionner des systèmes énergétiques polluants. Ces subventions sont coûteuses pour le budget et pour la planète. Les pays doivent les réduire.»

> Le redémarrage de l’économie, fut-elle verte, devra profiter à tous, souligne toutefois l’ancienne ministre de l’agriculture et de la pêche. Aussi, les gouvernements devront-ils réformer leur système fiscal. Les plus pauvres pour dégager les recettes nécessaires au financement de dispositifs de protection sociale. Les plus riches pour «lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, accentuer la progressivité de l’impôt pour les hauts revenus et protéger les transferts sociaux qui favorisent une répartition plus équitable de la richesse».

> Chiche?

Des forages pétroliers sur les terres de Bricq

http://www.liberation.fr/terre/2012/06/10/des-forages-petroliers-sur-les-terres-de-bricq_825171

Gaz de schiste. Sénatrice, la ministre s’y était opposée. L’exploration en Ile-de-France va pourtant reprendre.

Par MYLÈNE JOURDAN

> La chasse aux gaz de schiste est-elle repartie en catimini ? Le groupe Toreador-Hess est sur le point de reprendre l’exploration du bassin d’Ile-de-France. De quoi interpeller la nouvelle ministre de l’Ecologie, Nicole Bricq, sénatrice de Seine-et-Marne et opposante résolue à la fracturation hydraulique.

> Cela fait longtemps que le Bassin parisien intéresse les pétroliers. En 2010, le groupe français Toreador, associé à l’américain Hess, lorgnait déjà les hydrocarbures prisonniers de la roche mère. Petit hic : pour récupérer cet or noir, il faut employer la fracturation hydraulique, une technique interdite par la loi Jacob. Votée en juillet, après une mobilisation contre les projets d’extraction par fracturation, elle autorise néanmoins cette méthode pour les recherches. Même si les risques écologiques n’ont pas été évalués. A l’époque, Toreador-Hess dut stopper ses travaux.

> «Fort potentiel». En juin, le pétrolier va les reprendre pour procéder à un carottage à Doue, village de 1 000 habitants en Seine-et-Marne. Mais à une nuance près : le groupe affirme désormais chercher «uniquement du pétrole conventionnel», situé non pas dans, mais au-dessus de la roche mère, ce qui ne tombe sous aucun interdit. Le maire, Jean-François Delesalle, n’y croit pas. D’après lui, «les forages entrepris en 1984 par Esso, à 500 mètres de la plateforme de Toreador, faisaient état de la présence d’un fort potentiel en gaz et huile de roche mère [l’autre nom des pétroles et gaz de schiste, ndlr] ».

> Le potentiel de ce type d’hydrocarbures dans la région est connu de tous. C’est notamment grâce à son Bassin parisien que la France fait partie des pays « les plus prometteurs en huiles au niveau européen», et les estimations flirtent avec les «100 millions de m3 techniquement exploitables », selon le rapport de la mission diligentée par le ministère de l’Ecologie rendu en mars. «Les connaissances déjà acquises sur ce bassin par les nombreux forages réalisés, et sa géologie relativement simple, devraient y permettre, plus rapidement qu’ailleurs, d’arriver à des résultats conclusifs», indique le rapport.

> Toreador-Hess, fort de sa «grande expérience» dans le Dakota du Nord, est volontaire pour tester la fracturation hydraulique en France. Néanmoins, la firme assure qu’elle n’en fera pas usage à Doue. Qu’importe, le village est concerné par deux autres permis d’exploration du gaz de schiste. Et douze, au total, sont en cours d’instruction dans le département.

> Moratoire. Qu’il s’agisse des camions de Toreador ou d’une autre compagnie, les antischiste comptent bien leur barrer le passage. Leur dernier recours s’appelle Nicole Bricq. «Elle était au premier rassemblement à Doue. C’est elle qui a été rapporteure de la loi du Parti socialiste et d’Europe Ecologie-les Verts interdisant l’exploration et l’exploitation de gaz et huile de schiste», indique Caroline Pinet, cofondatrice du collectif Stop au pétrole de schiste 77. La veille de sa nomination, la future ministre se promenait dans la région au côté de José Bové pour discuter du dossier. Le député européen lui a expliqué «la nécessité d’arrêter Toreador-Hess, avant qu’ils ne recommencent leurs travaux». Les antischiste veulent donc croire à un nouveau moratoire et rêvent que tous les permis soient abrogés.

> En attendant, c’est la guerre des nerfs sur le terrain. Le maire de Doue vient de prendre un arrêté pour interdire la circulation des camions de plus de 3,5 tonnes sur les chemins vicinaux… Tous les opposants au pétrole de schiste en Seine-et-Marne s’en remettent désormais à celle qui avant d’être ministre était de leur côté.