Oxfam s’alarme de la flambée des accaparements de terres

Le Monde.fr | 04.10.2012 à 11h47 • Mis à jour le 04.10.2012 à 13h07

Plantation de canne à sucre servant à produire de l'éthanol, au Brésil.

La superficie totale des terres agricoles acquises depuis dix ans au gré d’investissements internationaux permettrait de nourrir un milliard d’humains, autant que de personnes souffrant de la faim dans le monde, assure l’organisation Oxfam dans un rapport publié jeudi 4 octobre.

L’ONG s’alarme du risque de nouvelle flambée des accaparements de terres du Sud par des investisseurs de pays développés. Des acquisitions largement destinées à produire du carburant, alors même que les pénuries alimentaires menacent.

TROIS FOIS LA FRANCE

Entre 2000 et 2010, les investissements étrangers dans des terres agricoles ont atteint une surface totale équivalent à trois fois la taille de la France. Or 60% de ces transactions ont eu lieu dans des régions « gravement touchées par le problème de la faim » et « plus des deux tiers étaient destinées à des cultures pouvant servir à la production d’agrocarburants comme le soja, la canne à sucre, l’huile de palme ou le jatropha », souligne l’organisation, dans ce rapport intitulé « Notre Terre, notre Vie ».

Une plantation d'huile de palme en Côte d'Ivoire.

Le phénomène atteint de telles proportions que dans les pays pauvres, « une superficie équivalant à celle de Paris est vendue à des investisseurs étrangers toutes les 10 heures », selon l’ONG. Ainsi, au Liberia, sorti en 2003 de plus de vingt ans ans de guerre, « 30 % du territoire national a fait l’objet de transactions foncières en seulement cinq ans » et au Cambodge, les ONG estiment que « 56 à 63% des terres arables ont été cédées à des intérêts privés ».

Lire : La course aux terres ne profite pas aux pays du Sud

L’accaparement de terres a été dopé par la flambée des cours des matières premières agricoles au point que « les transactions foncières ont triplé lors de la crise des prix alimentaires en 2008 et 2009 », note encore Oxfam. Le prix du blé avait atteint un record absolu à ce jour le 9 mars 2008, cotant à 295 euros la tonne sur le marché européen (contre 257 euros mercredi 3 octobre, un niveau encore très élevé).

Lire : La spéculation coupable de la flambée des prix des aliments ?

Après la nouvelle flambée des cours en août et les perspectives déficitaires en céréales pour l’année, Oxfam réclame des « mesures urgentes pour désamorcer la menace d’une nouvelle vague d’accaparements de terres ».

L’organisation demande notamment à la Banque mondiale d’appliquer « un gel pour six mois de ses investissements dans des terres agricoles » des pays en développement, le temps d’adopter « des mesures d’encadrement plus rigoureuses pour prévenir l’accaparement des terres ».

Plantation de canne à sucre destiné à produire de l'éthanol, à Piracicaba, au Brésil.

Pour Jeremy Hobbs, directeur général d’Oxfam, « la Banque mondiale est la mieux placée pour éviter que ce phénomène ne devienne l’un des plus grands scandales du XXIe siècle ». L’institution de Washington joue un double rôle de conseiller auprès des pays en développement et d’investisseur foncier, dont les prises de participation dans l’agriculture ont augmenté de 200% ces dix dernières années.

AMÉLIORER LA TRANSPARENCE

Selon Oxfam, « depuis 2008, 21 plaintes ont été officiellement déposées par des communautés estimant que des projets de la Banque mondiale violaient leurs droits fonciers ». L’ONG souhaite qu’à l’occasion de son assemblée annuelle, à Tokyo, du 12 au 14 octobre, la Banque mondiale « envoie aux investisseurs du monde entier un signal fort selon lequel ils doivent mettre fin à l’accaparement des terres » et veille à améliorer la transparence des transactions foncières, en accord avec les communautés concernées.

Lire : Un appel de l’ONU contre la flambée des prix alimentaires

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