Les OGM pour les animaux et les voitures, au détriment de l’alimentation humaine

Christophe NOISETTE, octobre 2013

A la question « comment allons-nous nourrir le monde en 2050 ?  », de nombreux scientifiques et responsables politiques continuent de mettre en exergue les OGM et autres biotechnologies qui seuls, selon eux, permettront d’augmenter considérablement les rendements et donc de faire face à l’équation « moins de terre agricole disponible, mais plus de bouches à nourrir ». Une étude, récemment publiée dans le journal Environmental Research Letters [1], souligne la mauvaise répartition actuelle des calories produites, et en suggère une meilleure redistribution.

Il est incontestable que les pays dits en développement sont en train de modifier substantiellement leur régime alimentaire, en intégrant des produits animaux (viande, lait, et œuf). L’internationalisation du régime carné a des conséquences environnementales et sociales très importantes. « Ce changement d’un régime alimentaire à base de plantes à une demande plus intensive en produits animaux a été surnommé la « révolution de l’élevage », et on estime qu’environ 40% de la population mondiale va subir cette révolution vers une plus grande consommation de produits animaux d’ici 2050 ». Or, soulignent les auteurs, le problème majeur est que les produits animaux nécessitent souvent plus de calories que ce qu’ils offrent, en retour, au système alimentaire. Et malgré l’amélioration continue de l’efficacité entre les calories utilisées et les calories produites, plusieurs études, citées par les auteurs, montrent que ce ratio est toujours d’environ 10%. Ce qui masque cependant des disparités importantes : pour produire un kilo de bœuf, il faut douze kilos de végétaux, mais pour un kilo de poulet, seulement cinq kilos de végétaux sont nécessaires. Autre nuance apportée par les auteurs, seulement 60% du poids d’un bœuf est consommable par les humains. Ainsi, pour le bœuf, au final, le rapport entre produits végétaux et produits animaux est d’environ 20 /1. « Cela suggère, écrivent-ils, que l’utilisation de cultures comestibles directement par les humains pour nourrir les animaux est un moyen inefficace pour nourrir les humains ». Cette étude ne s’est intéressée qu’aux animaux d’élevage nourris avec des cultures (animal feed). Autrement dit, les systèmes de pâturages pour la production animale n’ont pas été pris en considération.

Les agro-carburants utilisent de plus en plus de terres agricoles

Les auteurs s’intéressent ensuite à un autre « détournement » des cultures qui pourraient servir directement à nourrir les hommes : la production d’agro-carburants. Les chiffres mis en exergue dans cette étude sont impressionnants. Ainsi, au Brésil et aux États-Unis, la production d’agrocarburants en 2010 a consommé 460 millions de tonnes de canne à sucre et de maïs, ce qui représente 6% de la production globale agricole. Si actuellement, l’usage des cultures alimentaires pour faire fonctionner des moteurs reste cantonné à quelques pays et donc, au niveau global, était en 2000 autour de 3% (en poids) ou de 1% (en calorie), l’évolution rapide de cette tendance (+450% en dix ans) fait craindre un manque à gagner important pour l’alimentation humaine dans les années à venir. Si on ajoute à ces agro-carburants les autres usages industriels des cultures alimentaires, c’est 9% de ces cultures (en poids et en calorie) et 7% (en protéine) qui ne nourrissent pas les humains.

Au final, les auteurs ont déterminé que les cultures destinées à nourrir directement les humains représentent en moyenne 67%, en poids, des cultures globales, 55% en calorie et 40% en protéine, avec de grandes disparités selon les pays. Aux États-Unis, ce pourcentage en calorie, par exemple, tombe à 27%, au Brésil à 45%, mais il monte à 58% en Chine, et il est encore plus élevé en Inde, où 89% des cultures servent directement aux humains… Soulignons que l’Inde est l’un des pays où les régimes végétariens sont culturellement importants. L’étude conclut que « 41% des calories disponibles à partir des récoltes mondiales sont perdues pour le système alimentaire  ». Ce chiffre tient compte des calories issues des produits animaux, bien entendu. Ainsi, les auteurs estiment qu’un changement dans la destination des cultures alimentaires (pas d’agrocarburants, moins d’alimentation animale) permettrait à l’humanité d’augmenter la quantité de calories par an de 3,89 x 10 puissance 15. La disponibilité en calories serait alors augmentée de 70%, passant de 5,57 x 10 puissance 15 à 9,46 x 10 puissance 15. Or, 1 x 10 puissance 15 calories par an nourrissent un milliard de personnes avec une ration journalière de 2700 calories. Donc, un tel changement permettrait de nourrir 4 milliards de personnes en plus, de quoi voir venir les cent prochaines années de façon un peu plus sereine [2].

Par ailleurs, ce sont principalement deux cultures, le maïs et le soja, qui sont parmi les plus productives, qui servent principalement à l’alimentation du bétail (74% du maïs mondial) ou à l’industrie non alimentaire. Et seulement 24% des calories issues des cultures de maïs parviennent dans les assiettes des consommateurs (produits végétaux ou animaux). Or ces deux plantes sont aussi celles qui représentent la grande majorité des cultures transgéniques dans le monde. Ainsi cette étude démontre que les PGM actuellement cultivées ne participent aucunement à l’amélioration de la sécurité alimentaire au niveau mondial.

[2] La population mondiale devrait passer de 7 milliards aujourd’hui à 10 milliards d’habitants en 2100

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