Europe : la porte grande ouverte aux lobbies du gaz de schiste

(!) Info minute – Revue de Presse

Malgré l’opposition massive des citoyens européens au gaz de schiste, la Commission Européenne persiste dans la direction opposée. Après avoir exempté ces activités d’études d’impact environnemental spécifiques, elle met en place aujourd’hui un « réseau » d’experts largement dominé par les industriels et les gouvernements favorables au gaz de schiste.

Selon les Amis de la terre Europe et le Corporate Europe Observatory, qui publient aujourd’hui une étude à ce sujet, sur 60 membres confirmés de ce réseau [1], 40% travaillent pour des entreprises comme Total, GDF Suez ou Shell, directement impliquées dans le gaz de schiste, ou pour des lobbies du secteur pétrolier et gazier [2]. Ceux qui représentent la société civile, en revanche, se comptent sur les doigts d’une main. Le reste est constitué soit de scientifiques dont la majorité est liée financièrement à l’industrie, soit de représentants de bureaux publics de recherche géologique, dont les intérêts sont souvent étroitement alignés sur ceux des promoteurs du gaz de schiste.

Le « réseau européen scientifique et technologique européen sur l’extraction des hydrocarbures non conventionnels » [3] a pour mission officielle de collecter desconsultation gaz de schiste informations sur les développements du gaz de schiste en Europe et d’évaluer les technologies utilisées pour extraire les ressources non conventionnelles, autrement dit la fracturation hydraulique et ses alternatives potentielles (pour l’instant totalement chimériques). Le tout, selon la Commission, dans le cadre d’un « échange d’idées équitable et équilibré ». L’une des cinq personnes désignées par la Commission pour présider les groupes de travail du « réseau », le Polonais Grzegorz Pieńkowski, se montre plus franc dans un entretien avec un magazine professionnel : « La mise en place [de ce réseau] est un pas en vue de renverser l’attitude défavorable ou soupçonneuse envers le gaz de schiste qui prévaut en Europe en une attitude plus pragmatique et, en dernière instance, favorable. »

Dans le cadre de la consultation publique organisée par la Commission européenne en 2013, 64% des participants estimaient que le gaz de schiste ne devait absolument pas être développé en Europe

La cause pouvait pourtant sembler entendue. Les sondages réalisés au niveau européen démontrent que l’immense majorité des personnes interrogées sont opposées au développement du gaz de schiste sur le continent [4]. Les quelques pays dont les gouvernements sont ouvertement favorables à cette industrie – la Pologne et le Royaume-Uni notamment – ont été abandonnés des multinationales pétrolières et gazières, ou sont sur le point de l’être, en raison des résistances locales et de campagnes d’exploration décevantes (voir cet article).

Passage en force

La Commission européenne s’est déjà trouvée à nombreuses reprises sous le feu des critiques pour avoir mis en place des groupes d’« experts » dominés par les intérêts Grand-Marche-Transatlantique_Illustration TAFT TTIPindustriels, que ce soit dans le domaine des OGM, des perturbateurs endocriniens, de la régulation de la finance, ou de la pollution de l’air. Ce qui ne l’empêche pas de récidiver aujourd’hui avec le gaz de schiste. Elle a directement sélectionné les cinq présidents des groupes de travail : on y retrouve deux représentants d’entreprises pétrolières et gazières (ConocoPhillips et Cuadrilla), deux représentants de gouvernements pro-gaz de schiste (Royaume-Uni et Pologne) et le Français François Kalaydjian, employé d’une organisation de recherche française liée à l’industrie et connue pour ses prises de positions favorables aux énergies fossiles, l’Institut français du pétrole [5].

Au final, une large majorité des membres du réseau, soit en personne soit à travers les entreprises, gouvernements et organisations qu’ils représentent, se sont déjà fait remarquer par leurs prises de position favorables au gaz de schiste ou par leurstop tafta opposition à des régulations trop strictes de ces activités. Interpellé par les associations, le Joint Research Center (JRC), dont la mission est de coordonner les groupes d’experts de la Commission européenne, se content de jouer avec les mots : comme il ne s’agit pas d’un groupe officiellement chargé de « conseiller » la Commission, mais seulement de rassembler des informations, il ne serait pas sujet aux normes d’équilibre et d’indépendance requises pour les autres groupes d’experts. De sorte que le JRC ne voit « aucune raison de modifier les règles ou la structure des groupes de travail ou leurs présidents ».

« Sous couvert de mettre en place un ‘réseau scientifique et technologique’, la Commission utilise des fonds publics pour créer un lobby favorable à l’industrie pétrolière et gazière, dénoncent les Amis de la terre Europe et le Corporate Europe Observatory. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que malgré l’opposition massive du public, la Commission cherche une nouvelle fois à faire entrer discrètement le gaz de schiste par la porte de derrière, en essayant de faire en sorte que la question ne soit pas ‘si’ l’Europe veut la fracturation hydraulique, mais ‘comment’. »

Retrouver l’article source sur le site de l’observatoire des multinationales

[1] Le réseau compte 74 membres officiels, mais 14 sont des employés de la Commission européenne.
[2] L’Union française des industries pétrolières (UFIP) a deux représentants, dont Jean-Louis Schilansky, par ailleurs président du « Centre de documentation sur les hydrocarbures non conventionnels », le lobby récemment créé par les entreprises françaises intéressées au développement du gaz de schiste.
[3] European Science and Technology Network on Unconventional Hydrocarbon Extraction. Voir ici.
[4] Un baromètre européen de janvier 2013 montrait par exemple que seuls 9% des personnes interrogées estimaient que la production d’hydrocarbures non conventionnels devaient être priorisée. Dans le cadre de la consultation publique organisée par la Commission européenne elle-même en 2013, 64% des participants estimaient que le gaz de schiste ne devait absolument pas être développé en Europe, et 20% supplémentaires qu’il ne devait être développé qu’à conditions que des garanties sanitaires et environnementales suffisantes soient en place.
[5] Rebaptisé Institut français du pétrole – énergies nouvelles (IFP-EN) pour faire bonne mesure, mais selon François Kalaydjian, les « énergies nouvelles » semblent surtout se référer aux divers moyens de prolonger la vie des énergies fossiles, voir ici.

On débat sur le gaz de schiste depuis 2011 et le renouvelable passe à la trappe

 

STOP GAZ DE SCHISTE ! (Ni ici Ni Ailleurs)

en Rhône-Alpes sur l' »Axe Lyon Annecy » en Franche-Comté et ailleurs Gaz et pétrole de schiste non merci!

 

Attention, un train peut en cacher un autre. Les très conservateurs pro-gaz de schiste, avec quelques jours de retard sur le 1er avril, se réjouissent de la « blague » faite au gouvernement avec la publication par le Figaro d’un rapport faisant la promotion d’une technique de fracturation hydraulique inexistante. Ce vacarme soudain au sujet du gaz de schiste permet de masquer « un scénario 100% renouvelable » préparé par l’ADEME… la publication duquel est en effet « retardée » alors qu’il aurait pu alimenter la loi sur la transition énergétique.

Le Monde et le scénario 100% renouvelable … escamoté

Comme le rapporte le quotidien Le Monde dans son édition du 4 Avril 2015, ce devait être le clou d’un colloque organisé, les 14 et 15 avril à Paris, par panneau-trainl’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)[1]. L’établissement public, placé sous la double tutelle des ministères de l’écologie et de la recherche, devait y dévoiler un scénario « 100 % énergies renouvelables », traçant la voie vers un bouquet électrique intégralement composé de ressources « vertes » à l’horizon 2050. Le 4 avril 2015, la présentation avait disparu du programme des deux journées, sobrement intitulées : « Les énergies renouvelables dans le mix électrique français » Lire la suite sur le Monde.

Le Figaro et le vrai dossier de la fracturation imaginaire

Deux jours plus tard Le Figaro publie un document faisant la promotion d’une méthode de fracturation hydraulique à base de gaz liquéfié (l’heptafluropropane dontcoussin nous avions parlé ici il y a plus d’un an). Le titre accrocheur évoque un document « secret », qui aurait été caché par François Hollande lui-même; De quoi parle-t-on ? D’une note de l’alors ministre du redressement productif, le très pro-gaz de schiste Arnaud Montebourg étayée par un dossier faisant la promotion d’une méthode de fracturation de la roche profonde jusque là jamais mise en œuvre et vendue par la firme nord américaine ECorp. Le tout rédigé il y a plus d’un an. Lire le très juste article de Libération ici.

Le débat sur la gaz de schiste a eu lieu…

La presse et les média télévisés reprennent en boucle le « rapport Montebourg » et offrent la possibilité au lobby pro-gaz de schiste de se plaindre de « l’absence de débat ». Le débat a pourtant eu lieu. Il s’est tenu au parlement, c’était en 2011. Il a abouti à l’interdiction de la fracturation hydraulique. Cette année la France accueille la conférence internationale sur le climat (COP21). Veut-on y promouvoir l’exploitation du gaz de schiste émetteur de méthane fort gaz à effet de serre?

Vers un mix 100 pour cent renouvelable en 2050 ADEME
Rapport ADEME: cliquer pour accéder à la lecture du rapport
… Mediapart et le rapport de l’ADEME « vers un mix électrique 100% renouvelable en 2050

<– Au moment où nous allons mettre en ligne ce billet, Mediapart publie le rapport de l’ADEME. A lire donc!

et là lire aussi l’article de médiapart

 


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Lire aussi :

Guerre du gaz de schiste : ce point souvent oublié qui pourrait pourtant mettre tout le monde d’accord – Interview de Thomas Porcher (Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l’université Paris-Descartes) http://www.atlantico.fr/decryptage/guerre-gaz-schiste-point-souvent-oublie-qui-pourrait-pourtant-mettre-tout-monde-accord-thomas-porcher-2080375.html#swv7h7Cz1UyAJVzl.99

Gaz de schiste : Sans fracturation hydraulique, pas d’exploitation … ni d’exploration http://stopgazdeschiste.org/2014/02/27/gaz-de-schiste-sans-fracturation-hydraulique-pas-dexploitation-fluoroprane/

 Scénario Negawatt 2011 http://www.negawatt.org/scenario-negawatt-2011-p46.html

L’agriculture industrielle est devenue folle

L’agriculture industrielle est devenue folle

3 avril 2015 / Jean-Pierre Tuquoi (Reporterre)

La revue 6 mois, le XXIe siècle en images dénonce dans son dernier numéro le « business de la terre ». Des photo-reportages forts et percutants, qui apportent un éclairage cru sur une agriculture devenue complètement folle.

La population mondiale augmente, mais la faim dans le monde diminue. Si 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, c’est 200 millions de moins qu’il y a une vingtaine d’années, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Dans la seule Chine, le nombre des malnutris a baissé de plus de 100 millions. Dans les pays développés, le modèle d’alimentation a changé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale – moins de céréales et de plus en plus de viande – sur fond de baisse générale des prix. En Occident, se nourrir coûte de moins en moins cher.

Voilà pour le côté cour. Côté jardin, le tableau de l’agriculture dite moderne – c’est-à-dire industrielle – prend des teintes nettement plus sombres que le magazine 6 mois (le petit frère de la revue XXI) a choisi d’éclairer dans sa dernière livraison.

Les images font froid dans le dos

Sous le titre générique du « business de la terre » sont déclinés trois sujets : les usines agroalimentaires dans divers pays, la cueillette des fruits et des légumes dans le sud de l’Italie et l’exploitation du soja en Argentine. Pour chacun des thèmes la recette est identique : des reportages photos de grande qualité et quelques textes denses en appui.

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Les abattoirs Seara Alimentos, à Sidrolandia, au Brésil

Le résultat est accablant. L’agriculture moderne est devenue folle. Elle marche sur la tête. Si elle a su répondre à la croissance démographique, aujourd’hui, elle obéit à d’autres lois et nous entraîne vers des lendemains de cauchemar.

Ils sont déjà là, est-on d’ailleurs tenté de dire au vu du travail de Georges Steinmetz. Ce photographe américain a sillonné les Etats-Unis, la Chine, le Japon, le Brésil pour capter « les usines à nourriture de la planète ». C’est bien de cela qu’il s’agit : montrer sans effet ni fioriture à quoi ressemble un abattoir où près d’un millier de porcs sont abattus quotidiennement, cet autre qui « traite » chaque jour 2 500 bovins (!), ce troisième qui débite au même rythme 170 000 poulets dont les pattes sont exportées au Japon, les ailes en Chine, les foies aux Etats-Unis, ou cette usine où sont confectionnées 800 000 boulettes de riz/jour.

Les images font froid dans le dos. Non pas qu’elles exagèrent et travestissent la réalité quand elles nous montrent les alignements de bêtes mortes suspendues à des crochets et l’armée des humains qui s’active autour, tous enveloppés dans des combinaisons blanches anonymes. C’est la normalité des clichés, la froideur des images qui fait leur force.

Sur le même thème du « business de la terre » le second reportage photo nous entraine dans le sud de l’Italie où de jeunes Africains venus du Burkina-Faso, l’un des pays les plus déshérités d’Afrique, viennent année après année louer leur bras pour ramasser au fil des saisons des tomates, puis des oranges, enfin des mandarines, moyennant un salaire de misère.

Les photos d’Alessandro Penso rendent bien compte de ces vies d’émigrés, logés dans des maisons abandonnées, exploités par les mafias locales, et où les jours se mesurent au nombre de cageots remplis. Ironie du sort, la faiblesse des salaires fait que la tomate italienne ramassée par les burkinabés est exportée au Burkina Faso, un pays gros consommateur de tomates, où elle concurrence la production locale. Ainsi va la globalisation du monde…

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Travailleurs burkinabé dans l’Italie du sud

La fièvre du soja

Mais c’est le troisième volet du dossier qui est sans doute le plus frappant avec un reportage photo réalisé en Argentine, troisième producteur mondial de soja et grand consommateur de Roundup, l’herbicide phare de la firme américaine Monsanto.

- Photo de tête : Sebastian, 14 ans, souffre d’hydrocéphalie et de myéloméningocèle. Il vit en Argentine chez ses grands-parents

Les images de Alvaro Ybarra Zavala montrent des enfants littéralement empoisonnés par les épandages de Roundup sur les champs de soja voisins des habitations. Les deux phénomènes sont liés. A preuve, dans le quartier d’un petit village de la province du Chaco bordé d’une piste d’où décollent les avions qui vont épandre le Roundup, « presque chacune des 108 familles […] compte un enfant handicapé ».

Une étude nationale du ministère de la santé argentine publiée il y a trois ans est venue confirmer le lien entre les épandages et les malformations physiques. Dans les provinces exposées aux épandages chimiques elles ont été multipliées par quatre en dix ans. La fréquence des cancers a également augmenté.

Pour autant, sur le terrain, rien n’a changé. Les épandages continuent comme avant alors même que la présidente de la République, Cristina Kirchner, a dénoncé « l’usage inadéquat de produits phytosanitaires », que la justice a été saisie, que des associations se mobilisent…

Responsable de ce drame sanitaire, la « fièvre du soja » – qui a saisi une bonne partie du continent américain – renvoie à la hausse de la consommation mondiale de viande. « Le bétail a mangé de l’herbe pendant des millénaires, avec parfois un peu de céréales, rappelle le journaliste Fabrice Nicolino dans les colonnes de la revue. Mais dans les années 1970, les éleveurs ont misé sur le soja : cette plante asiatique, riche en protéines, permet aux animaux de se développer plus vite et mieux. »

Mais à quel prix ! Comment ne pas réclamer la fin d’un modèle agricole qui, sous couvert de favoriser la production bovine à bas prix, tourne au « désastre biblique » ?


6 mois, le XXIe siècle en images », n° 9, printemps/été 2015, 304 p., 25,50 €

Complètement à sec, la Californie rationne l’eau

Complètement à sec, la Californie rationne l’eau

Le Monde.fr | 02.04.2015 à 11h09 • Mis à jour le 02.04.2015 à 11h18 | Par Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/04/02/534×0/4608012_6_3f10_des-marqueurs-d-eau-a-sec-sur-le-lac-don_31f874d3d1aede5a971c439305fe3525.jpg

Des marqueurs d’eau à sec sur le lac Don Pedro, à La Grange, en Californie, le 24 mars.

Les pelouses resplendissantes des campus californiens ? Condamnées. L’herbe verdoyante des golfs, des cimetières et des villas ? Au régime. Six mois après l’entrée de la Californie dans sa quatrième année de sécheresse, le gouverneur démocrate Jerry Brown a pris la décision que les écologistes réclamaient depuis longtemps : des mesures contraignantes de rationnement de l’eau. « Nous sommes entrés dans un monde différent, a-t-il plaidé. Nous devons agir en conséquence. »

Le gouverneur a signé mercredi 1er avril un décret qui ordonne une réduction de 25 % de la consommation d’eau dans les neuf prochains mois. Les quelque 400 agences locales qui sont en charge de l’approvisionnement devront orchestrer le rationnement. Dans un Etat où tous – fermiers, hôteliers, défenseurs de la nature, industriels de la fracturation hydraulique − s’accusent de consommer trop, Jerry Brown a assuré que le sacrifice serait partagé. « Nous devons tous changer, a-t-il ajouté. Les Californiens doivent s’habituer à un environnement très différent. »

Herbe brune

Le gouverneur avait choisi comme décor pour son annonce la station d’Echo Summit, au sud du lac Tahoe, station de ski réputée à quatre heures de route de San Francisco. C’est là que tous les ans, début avril, les responsables du bureau des ressources naturelles mesurent la couche de neige, ce qui leur permet de prévoir le niveau des réservoirs pour l’été. Depuis le début de la sécheresse, l’évaluation des hydrologues a pris rang de cérémonie rituelle. En 2014, la couche de neige mesurait 86 cm. C’était peu, par rapport à 2010 – 3,15 m – mais on faisait encore du ski. Cette année, le gouverneur Brown et son adjoint n’ont même pas eu besoin de planter la jauge. « Nous avons les pieds au sec, alors que nous devrions marcher sur 1,50 m de neige », a constaté le gouverneur, arpentant l’herbe brune.

C’est la première fois depuis soixante-quinze ans que le sol est nu le 1er avril à cette altitude de 2 070 m. Or la fonte des neiges représente 60 % de l’alimentation des réservoirs et 30 % de l’approvisionnement en eau de l’Etat. Des mesures effectuées dans une centaine d’autres stations de la Sierra Nevada ont montré que l’accumulation de neige n’atteint que 5 % de son niveau moyen des dix dernières années. « C’est une mauvaise nouvelle », a commenté Frank Gehrke, du département californien des ressources en eau. C’est lui qui mesure la hauteur de la neige et, d’habitude, il vient avec des skis ou des raquettes.

Le gouverneur propose de remplacer 4,6 millions de m2 de pelouses par des plantes résistantes dans le désert, ce qui devrait permettre d’économiser 2 milliards de gallons d’eau par an ; d’interdire l’arrosage des plates-bandes qui servent de ligne médiane sur les routes ; d’interdire aux propriétaires de maisons neuves d’irriguer à l’eau potable, sauf s’ils possèdent un système de goutte-à-goutte, d’imposer des quotas d’eau aux universités, aux cimetières et aux terrains de golf. Il suggère aussi d’accorder des crédits aux particuliers pour remplacer leur lave-vaisselle et autres équipements ménagers par des appareils consommant moins.

Les fermiers dénoncent les pelouses de Hollywood et les piscines de Palm Springs

Le secteur agricole consomme 80 % de l’eau en Californie, mais les agriculteurs, déjà « durement frappés », ne seront pas soumis à rationnement supplémentaire, a expliqué le gouverneur. Ils seront néanmoins contraints de fournir par écrit des informations sur leur consommation d’eau et la source de leur alimentation. Les photos prises de l’espace par la NASA, l’agence spatiale américaine, montrent un appauvrissement spectaculaire de la nappe phréatique – alors que la demande chez les agriculteurs est telle qu’il y a une pénurie de pompes dans la Vallée centrale, la région qui assure une partie de la production de fruits et légumes pour le pays entier.

Les fermiers dénoncent les pelouses de Hollywood et les piscines de Palm Springs. Quant aux républicains, ils réclament la construction de deux barrages, mais les écologistes s’y opposent au nom de la défense des espèces de poissons en danger.

Rationnement imposé

M. Brown avait déjà invoqué l’état d’urgence en janvier 2014 et appelé les habitants à réduire leur consommation de 20 %, mais le rationnement était jusqu’à présent volontaire. Depuis, la plupart des régions de l’Etat ont réduit leur consommation, certaines d’environ 20 %. La ville de Los Angeles consomme elle-même moins d’eau qu’en 1970 alors que sa population, qui était de 2,8 millions, a augmenté de plus d’un tiers.

Mais la moyenne de réduction pour l’Etat n’est que de 9 %. Or, il n’a pratiquement pas plu depuis la mi-décembre 2014 et les réservoirs sont à moitié pleins seulement, à la sortie de l’hiver. D’où la décision de M. Brown d’imposer un rationnement – pour la première fois dans l’histoire de l’Etat. Comment l’appliquer ? Le décret du gouverneur donne divers outils aux collectivités locales. Elles seront habilitées à infliger des amendes aux propriétaires de pelouses trop vertes ou à imposer des augmentations de tarif aux foyers qui consommeront trop.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/04/02/completement-a-sec-la-californie-rationne-l-eau_4608016_3244.html#Vse1rttwP06luAFO.99

Les plantes tolérant les herbicides attaquées au Conseil d’État

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Les plantes tolérant les herbicides attaquées au Conseil d’État

Pauline VERRIERE, avril 2015

Depuis 2010, une partie de la société civile française s’est mobilisée pour contrer le développement des variétés rendues tolérantes aux herbicides (VrTH). En 2012, plusieurs organisations se sont réunies au sein du collectif de l’Appel de Poitiers [1] [2], notamment pour interpeller les ministres de l’Environnement et de l’Agriculture. Ce collectif pointe du doigt des OGM qui ne disent pas leur nom, l’augmentation des quantités d’herbicides utilisées, inhérents à ces plantes et l’absence de toute évaluation des risques avant mise en culture commerciale. Face à l’inaction du gouvernement, l’Appel de Poitiers vient de déposer un recours devant le Conseil d’État.

Actuellement en France, ces fameuses VrTH, ce sont des colzas et des tournesols modifiés par mutagénèse [3] pour qu’ils tolèrent des herbicides spécifiques (Quantum SX, Express SX, Pulsar40 par exemple) qui, autrement, leur auraient été fatals.

Juridiquement parlant, le droit européen spécifique aux OGM ne s’impose pas à ces VrTH comme l’explique l’Appel de Poitiers dans une tribune publiée le 20 mars 2015 dans Libération [4]. Car ces VrTH ont été « arbitrairement exclues du champ d’application de la réglementation sur les OGM, sous le seul prétexte qu’elles ont été obtenues par une autre technique de manipulation génétique que la transgenèse ». Le collectif dénonce une conséquence importante : ces VrTH « échappent ainsi à toute évaluation sur l’environnement, la santé, à toute obligation d’étiquetage, de traçabilité et d’information des utilisateurs et des consommateurs ». L’Appel de Poitiers dénonce donc l’absence d’information autour de ces cultures, la négation du droit des consommateurs de choisir ce qu’ils souhaitent manger ou non, et une possible mise en danger de la santé humaine et de l’environnement en l’absence de toute évaluation des risques. Cette situation est le meilleur moyen de fermer les yeux sur un éventuel problème, et une manière de faire taire toute divergence publique sur le sujet.

Il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de connaître les surfaces cultivées avec ces variétés mutées. En 2013, 20% des cultures de tournesol étaient déjà rendues tolérantes aux herbicides. Le ministère de l’Agriculture, lui, nous a précisé que 17 000 hectares de colza et 110 000 hectares de tournesol rendus tolérants à un herbicide ont été semés en 2014, sans vouloir nous préciser ses sources. Agreste, le service statistique du ministère, annonçait, en décembre 2014 [5], pour toute variété confondue, un peu moins de 1,5 millions d’hectares de colza et 658 000 hectares de tournesol. Un développement qui inquiète l’Appel de Poitiers qui rappelle à nouveau qu’une expertise collective Inra/CNRS avait conclu en 2013 que « la caractéristique de tolérance aux herbicides, introduite par manipulation génétique pourrait être diffusée à d’autres plantes, cultivées ou sauvages » [6].

C’est pourquoi le collectif a demandé en décembre 2014 au premier ministre socialiste, Manuel Valls, d’adopter un moratoire sur la vente et la culture de ces VrTH, « en attendant les évaluations équivalentes à celles réglementairement obligatoires pour les OGM », au sens des plantes transgéniques. Il demande au gouvernement d’être cohérent d’une part avec son interdiction des OGM [7] et sa volonté affichée de réduire l’usage des pesticides en promouvant l’agro-écologie ; et d’autre part avec l’opinion publique, largement négative sur les OGM.

Face à l’absence de réponse du Premier ministre, le collectif a dénoncé cette inaction en portant plainte devant le Conseil d’État, début mars 2015. C’est une longue procédure qui s’ouvre et qui permettra ainsi de questionner le statut de ces OGM cachés.

Gaz de schiste: l’Allemagne restreint mais n’interdit pas la fracturation hydraulique

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Gaz de schiste: l’Allemagne restreint mais n’interdit pas la fracturation hydraulique

Publié: 3 avril 2015

Le gouvernement fédéral a adopté cette semaine un projet de loi qui doit être soumis au parlement le 8 mai 2015. Il s’agit de maintenir la possibilité pour l’industrie des hydrocarbures de forer à petite échelle et le moment venu de développer un projet industriel … pourtant non rentable s’il n’est pas largement subventionné.

Le cheval de Troie de l’industrie du gaz de schiste

Des chercheurs allemands ont beau expliquer dans une récente étude[1] que l’exploitation des hydrocarbures par fracturation hydraulique en Europe n’est pas rentable, le gouvernement dirigé par la chancelière Merkel cède malgré tout au lobby des gaz de schiste.

Le porte parole Steffen Seibert rendant compte du conseil des ministres déclarait finement que le projet de loi « n’autorise pas ce qui était jusqu’à présent interdit, mais au contraire interdit beaucoup de ce qui était pour l’heure possible, comble des failles juridiques et établit des règles strictes là où il n’y avait pas de règles claires ». On pourrait se réjouir de ces dispositions restrictives si elles n’étaient l’illustration du cheval de Troie que l’industrie pétrolière maintient avec un certain succès dans plusieurs pays européens après avoir rudement bataillé en 2013 et 2014 contre l’instauration d’une directive européenne[2].

Les ministères de l’Énergie et de l’Environnement précisent que le projet de loi allemande « prévoit des interdictions dans certaines régions précises pour des questions de protection de l’eau potable, de la santé et de la nature, ainsi que des restrictions générales pour l’utilisation de la fracturation hydraulique dans les schistes, la glaise, les marnes ou les couches de charbon ». De plus il interdit l’exploitation commerciale de la fracturation hydraulique visant l’extraction des hydrocarbures dits « non conventionnels » dans des roches dures comme les schistes à des profondeurs inférieures à 3000 mètres.

L’industrie va faire mine de gémir sachant pertinemment que ce moratoire pourra être levé lorsque le contexte économique et politique s’y prêtera. En France, la prolongation de concessions et la délivrance de nouveaux permis de recherche ou leur prolongation[3] permet à leurs titulaires de maintenir une présence et de forer à tour de bras dans le bassin parisien. La zone de Champotran[4] en Seine et Marne est un exemple de l’activité en cours où les forages en grande profondeur sont effectués. S’il s’agissait d’attendre un assouplissement des règles ou la délivrance d’autorisations de recherche pour stimuler la roche comme pourrait le permettre la loi de Juillet 2011, on ne s’y prendrait pas autrement.

L’Europe subventionne déjà l’industrie des énergies fossiles

Alors que l’Europe -comme le reste du monde- est face à un défi majeur concernant ses émissions de gaz à effet de serre et tandis que Paris doit accueillir la vingt et unièmeCheval_de_Troie_stop_gaz_de_schiste conférence internationale sur le Climat (COP 21) au mois de décembre 2015, l’industrie des hydrocarbures continue à bénéficier de nouvelles subventions. Dans le cadre du « programme Horizon 2020 » un fonds de recherche européen[5] propose en effet une aide de 113 millions d’euros aux entreprises qui exploitent le gaz de schiste. Autre exemple, en 2014 la société Baltic Ceramics a reçu un financement de 11 millions de dollars de l’Union européenne , et un autre de 4 millions de dollars de fonds publics de la Pologne « pour stimuler l’innovation » dans le cadre du développement d’une usine de production de billes. Cette société prévoit en effet de produire des agents de soutènement en céramique, des billes sphériques minuscules et presque indestructibles qui sont injectées sous terre lors des opérations de fracturation hydraulique mises en œuvre pour libérer les hydrocarbures (pétroles ou gaz de schiste) piégés dans la roche mère[6].

Rappelons qu’aux États-Unis où a eu lieu le « boom du gaz de schiste », la production massive d’hydrocarbures non conventionnels a été possible d’une part parce que la géologie y était très favorable dans un pays gigantesque avec une faible pression démographique mais aussi parce que les pouvoirs public étaient peu regardants sur les pratiques de l’industrie dans une situation très peu règlementée (avec les conséquences sanitaires et environnementales que l’on connaît). Par ailleurs les cadeaux fiscaux faits par les États aux opérateurs du secteur de la production pétrolière et gazière sont autant de subventions qui ont donné l’illusion d’une production économiquement rentable[7].

2017, attention à la reprise !

Malgré les récentes déconvenues des majors en Pologne, en Roumanie, en Ukraine (où les recherches s’avèrent très peu fructueuses et ne confirment pas les espérances d’un « eldorado européen des gaz de schiste », lesquels sont emprisonnés dans des systèmes géologiques capricieux et résistants), l’industrie n’a pas dit son dernier mot. Bien déterminées à essorer tout ce que notre planète contient d’hydrocarbures, et face à la baisse actuelle des cours du pétrole, les grosses compagnies réduisent les opérations à risque dont la recherche et débauchent à tour de bras pour continuer de gâter leurs actionnaires. Mais ceci est temporaire et il est difficile d’imaginer que le pétrole pas cher sera durable.

Si la situation s’avère très tendue voire désastreuse pour certains opérateurs aux États-Unis et alors que la production de pétrole ainsi que le nombre de nouveaux forages commencent à baisser[8], la santé financière des majors reste outrageusement bénéficiaire. Et le secteur est prêt à augmenter la production et relancer les forages dès que l’Arabie Saoudite aura cessé sa pression.

On peut donc imaginer qu’après les élections américaines (dont les candidats sont massivement financés par l’industrie fossile), et quelques soit les engagements des États-Unis en matière d’émissions de carbone et de gaz à effet de serre, que le ou la présidente aura une dette vis-à-vis de ses « mécènes ». Il sera alors de bon ton de répéter des deux côtés de l’Atlantique que « le gaz de schiste est une énergie de transition ».

On peut également penser, et sans faire preuve d’une très grande imagination, que la même chose se prépare pour 2017 en France. En 2011, il a été demandé à l’industrie pétrolière d’être patiente. Une loi d’interdiction de la fracturation hydraulique a étémanifestation-contre-l-exploitation-du-gaz-de-schiste-a-donzere-le-16-avril-2011 votée pour éteindre la contestation. Le lobby du pétrole et du gaz de schiste un peu déçu pensait que « la blague » serait de courte durée mais François Hollande a (jusqu’à présent) maintenu son engagement de ne pas autoriser l’exploitation du gaz de schiste. Il ne serait donc pas surprenant, et quelle que soit l’équipe qui occupera l’Élysée et Matignon, qu’à partir de 2017 l’offensive des pétroliers soit massive. Entre temps, le lobby de l’énergie fossile au premier rang duquel figurent les industriels, travaille déjà à l’acceptation sociale avec la publication de nombreux articles dans les journaux, la mise en fonction de son « centre d’information sur les hydrocarbures non conventionnels » et le « recrutement » de « modèles sociaux » tels que la navigatrice Maud Fontenoy[9]. D’ores et déjà, le marketing social du gaz de schiste est engagé.

Non, les hydrocarbures non conventionnels ne sont pas une énergie de transition[10] !

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