Pourquoi la dette allemande surpasse la dette grecque

LE MONDE | 06.07.2015 à 11h22 • Mis à jour le 06.07.2015 à 16h02 | Par Stéphane Foucart

Un employé de BASF, sur le site de Schwarzheide, dans l'est de l’Allemagne, en mars 2013.

La chronique planète. On sait qu’Athènes doit à ses créanciers une somme de près de 320 milliards d’euros ; on sait qu’elle a fait défaut vis-à-vis du Fonds monétaire international ; on sait, enfin, que les Grecs ont largement rejeté, dimanche 5 juillet, les exigences de leurs créanciers. Tout cela, personne ne l’ignore. Un fait plus discret est que la vertueuse et intransigeante Allemagne traîne elle aussi quelques impayés, dont il n’est pas déraisonnable de penser qu’ils surpassent de très loin l’ardoise grecque. Et on ne parle pas ici de l’Allemagne exsangue de l’après-guerre. On parle bel et bien de l’Allemagne d’aujourd’hui, avec sa puissante industrie, son budget impeccable, etc.

Externalités négatives

Pour comprendre la nature de cette « dette » allemande, il faut se pencher sur un numéro récent du Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism (JCEM). En avril, la revue publiait une série d’études conduites par une vingtaine de chercheurs internationaux et coordonnées par Leonardo Trasande, spécialiste de santé des populations, professeur à l’université de New York. Leur but était d’évaluer le coût économique des dégâts sanitaires dus aux pollutions chimiques dans l’Union européenne. Avec 2010 comme année de référence, leur estimation chiffre la valeur médiane de ces dégâts à 1,3 % du produit intérieur brut des Vingt-Huit. Soit 157 milliards d’euros par an, en frais de santé et de prise en charge de certains troubles, en perte de productivité des salariés, etc. Et ce n’est là qu’une valeur médiane : la partie haute de la fourchette surpasse les 260 milliards d’euros annuels.

Les dégâts sanitaires dus aux pollutions chimiques coûtent 157 milliards d’euros par an à l’Europe. Une grande part incombe à l’Allemagne, qui domine le secteur de la chimie

Le rapport avec nos voisins d’outre-Rhin ? C’est simple : en Europe, la chimie, c’est l’Allemagne. Le pays domine de très loin le secteur avec des géants comme Bayer ou BASF, et il est très clair qu’une grande part de ces 157 milliards d’euros lui incombe. L’Allemagne aurait beaucoup à perdre, si les mesures adéquates étaient prises pour éviter ces dégâts collatéraux. A Berlin, on en est parfaitement conscient. Par le biais de l’une de ses agences de sécurité sanitaire, l’Allemagne n’a eu de cesse d’entraver la mise en place de nouvelles réglementations européennes destinées à réguler les produits les plus problématiques – dits perturbateurs endocriniens.

Si l’on s’en tient à la dernière décennie, ces coûts collatéraux cachés – ces « externalités négatives », disent les économistes – liés à l’industrie chimique ont donc vraisemblablement coûté au moins 1 570 milliards d’euros à l’économie européenne. Sur cette même décennie, la dette grecque est passée de 195 milliards à 320 milliards d’euros, soit un accroissement de 125 milliards d’euros. Plus de dix fois moins que les externalités négatives des chimistes sur la même période, et certainement beaucoup, beaucoup moins que celles des géants allemands du secteur.

Ces travaux sont-ils crédibles ? Il est indéniable que l’exercice est délicat. « L’impact sanitaire des polluants chimiques de l’environnement peut sembler élusif et c’est un concept difficile à saisir, écrit Tracey Woodruff, professeur à l’université de Californie à San Francisco, à qui JCEM a confié son éditorial d’avril. Nous manquons de données exhaustives sur la manière dont les substances chimiques présentes dans notre vie quotidienne dans la nourriture, l’eau, l’air et les produits d’usage courant touchent notre santé. »

« Véritable fardeau »

Face à ce manque de données, M. Trasande et ses coauteurs se sont focalisés, précise Mme Woodruff, « sur les effets de seulement sept produits et familles chimiques [pesticides organophosphorés, plastifiants, etc.], sur trois catégories de troubles (troubles du système reproductif masculin, troubles neuro-comportementaux, obésité et diabète) ». Les auteurs n’ont donc tenu compte que du coût des effets sanitaires quantifiables, grâce aux études épidémiologiques sérieuses disponibles, ainsi qu’aux mesures d’imprégnation de la population. Tout le reste, tout ce qui est suspecté mais insuffisamment étudié, a été ignoré.

Outre l’énormité de son poids économique, cette dette interfère avec notre biologie et dégrade la santé des populations, elle altère les écosystèmes, elle modifie les paysages

Non seulement la totalité des effets sanitaires recherchés ne peut être estimée précisément, mais l’industrie chimique produit d’autres externalités, supportées par la collectivité : sources d’eau potable polluées par les résidus de pesticides, perte de biodiversité et des services associés (pollinisation, maintien de la fertilité des sols, etc.)… « Ce qu’il faut retenir, poursuit Mme Woodruff, est que ce calcul de 157 milliards d’euros ne représente que la partie émergée du véritable fardeau attribuable aux polluants chimiques de l’environnement. »

Cette « dette »-là ne fait hurler personne. Elle est pourtant bien plus tangible que la dette grecque : outre l’énormité de son poids économique, elle interfère avec notre biologie et dégrade la santé des populations, elle altère les écosystèmes, elle modifie les paysages.

Sans le savoir, nous donnons bien plus pour la prospérité de la fière Allemagne que pour aider la petite Grèce

Ces constats relèvent d’une science consensuelle, conventionnelle, et citée comme telle par le Programme des Nations unies pour l’environnement. C’est ainsi : l’industrie chimique ne se développe qu’au prix d’externalités gigantesques, assumées par les Etats, les collectivités, les systèmes de santé et les autres secteurs économiques. Bien sûr, une externalité n’est pas une dette stricto sensu. « La première peut être vue comme une dette morale, alors que la seconde est contractuelle », dit l’économiste Alain Grandjean. Certes, mais tout cela, nous l’avons payé, nous le payons, ou nous le paierons d’une manière ou d’une autre.

Sans le savoir, nous donnons bien plus pour la prospérité de la fière Allemagne que pour aider la petite Grèce.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/06/une-dette-allemande_4672279_3232.html#O7L35LZP6ygDMW7R.99

Des courriels publiés montrent que les biotechnologies et les semences sont au menu du TTIP

Nina Hollande, CEO, Eric MEUNIER, juillet 2015

Les discussions secrètes autour du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (Transatlantic Trade and Investment Partnership, TTIP, également connu sous le sigle TAFTA), un accord entre l’Union européenne et les États-Unis en cours de négociation depuis juillet 2013, posent de nombreuses questions quant aux dossiers de l’alimentation et des impacts environnementaux. L’une des plus importantes est de savoir si le TTIP va affaiblir les règles européennes en matière d’OGM, un vieil objectif des exportateurs étasuniens qui considèrent que ces règles grèvent leurs profits financiers. Dans le même temps, les entreprises de biotechnologie poussent pour obtenir que les produits issus de la prochaine génération de biotechnologies échappent à la législation sur les OGM et soient donc autorisés. Ces deux sujets sont-ils liés l’un à l’autre ? Des courriels obtenus par le biais du droit à l’information montrent que c’est bel et bien le cas.

En réponse à une inquiétude montante, la Commission européenne a fermement démenti que les normes alimentaires européennes, et autres sujets liés, seraient affaiblies par le TTIP. Début 2013 par exemple, le New-York Times rapportait des propos de celui qui était alors Président de la Commission européenne, Juan Manuel Barroso, expliquant que « les restrictions en Europe sur les cultures génétiquement modifiées ne sont pas sujettes à discussion » dans les négociations [1]. Dans la partie Questions / Réponses du site Internet dédié au TTIP mis en place par la Commission européenne, la réponse à la question « Le TTIP obligera-t-il l’UE à modifier sa législation sur les organismes génétiquement modifiés ? » est : « Non […] Les règles européennes fondamentales sur les OGM […] ne sont pas négociables. Elles ne seront pas modifiées par le TTIP » [2]. L’équipe négociant le TTIP (@EU_TTIP_team) s’est également fait l’écho sur Twitter de cette affirmation.

Des doutes ont surgi malgré ces déclarations. Le premier vient d’un accord similaire, l’Accord de libre commerce entre le Canada et l’Union européenne (CETA), qui mentionne explicitement la levée des « barrières commerciales » sur les cultures génétiquement modifiées. Or, ce qui est couvert par le CETA sera plus que probablement couvert par le TTIP. Il serait en effet étonnant que cela ne soit pas le cas, la législation européenne sur les OGM étant un sujet problématique très chaud pour les États-Unis (cf. encadré « Les OGM comme barrière au commerce »).

Pour l’industrie, « le TTIP vise seulement à simplifier les procédures et améliorer la reconnaissance mutuelle de normes comparables ; il ne s’agit pas de mettre en place de nouvelles lois ou politiques, ni en Europe, ni aux États-Unis » selon Garlich von Essen, de l’Association européenne des semenciers (ESA) [3]. Cependant, même lorsqu’une législation existante n’est pas changée, les domaines des normes alimentaires ou autres peuvent l’être, en changeant la manière dont la loi est mise en œuvre ou en acceptant des normes plus faibles d’autres parties comme étant « équivalentes » au travers d’un accord de reconnaissance mutuelle. Qui plus est, le TTIP concerne concrètement les futures adoptions de lois visant à protéger les citoyens et l’environnement.

Les nouvelles techniques de biotechnologie au menu du TTIP

Exemple de sujet de discorde : celui des nouvelles techniques de biotechnologie ou « nouveaux OGM ». « Nouveau » fait ici référence aux diverses techniques qui ont été développées ces dernières années pour modifier génétiquement des organismes vivants [4]. Parmi ces techniques : la cisgenèse, les techniques à base d’oligonucléotides, les nucléases et les interventions directement sur la régulation de l’expression génétique (épigénétique) [5].

La question posée est de savoir si les produits issus de ces techniques doivent être réglementés comme les OGM (plantes transgéniques) existants en Europe, qui sont évalués, étiquetés, etc. Pour cela, ces plantes obtenues doivent répondre à la définition d’un OGM telle qu’établie par la directive 2001/18 [6] (et ne pas être exclues de son champ d’application pour quelques raisons que ce soit [7]).

La Commission européenne travaille sur ce dossier depuis plus de sept ans maintenant et doit encore finaliser sa conclusion. Il s’agit donc d’une opportunité cruciale pour les entreprises de biotechnologie et semencières de voir leurs « nouveaux OGM » échapper à la législation, en obtenant qu’ils soient classés comme « non OGM ». Ce qui les amènerait également à ne pas être étiquetés. Considérant le rejet des OGM par les citoyens européens, une telle invisibilité est une des conditions indispensables pour une réussite commerciale de ces techniques.

Les OGM comme « barrière au commerce »

Les États-Unis ont déjà clairement fait part de leur rejet de la législation européenne sur les OGM, la considérant comme une barrière commerciale. Leurs problèmes sont la procédure d’autorisation européenne des OGM, l’étiquetage des aliments destinés aux humains et aux animaux, la politique de tolérance zéro pour les OGM non autorisés (donc illégaux) et les moratoires nationaux pris par plusieurs États membres sur la culture du maïs MON810. En février 2015, treize organisations étasuniennes avaient d’ailleurs écrit à la Commission européenne pour se plaindre que l’Union européenne mette trop longtemps pour décider d’autorisations commerciales d’OGM, « en violation avec les obligations imposant des décisions prises selon un calendrier précis » [8].

Il est particulièrement instructif de se plonger dans l’accord CETA conclu avec le Canada en ce qu’il peut préfigurer ce que sera le TTIP. Le Canada et l’Union européenne se sont accordés pour « coopérer internationalement sur les sujets liés aux biotechnologies tels que la faible présence d’OGM ». Actuellement, l’Union européenne ne tolère pas la présence, faible ou pas, d’OGM non autorisés (illégaux) dans les aliments et semences, une politique appelée tolérance zéro. Un motif de mécontentement de longue date pour les principaux pays exportateurs d’OGM, et pas seulement les États-Unis. Selon le CETA, l’Union européenne et le Canada coopéreront également « pour minimiser les impacts sur le commerce des pratiques réglementaires sur les produits biotechnologiques » [9]. Le gouvernement canadien s’en est réjoui et les entreprises, à l’instar de l’Association canadienne des cultivateurs de canola (colza), ont applaudi : « Nous attendons que l’Union européenne adopte une politique d’autorisation des biotechnologies basée sur la science et selon un calendrier précis, et qu’elle résolve également les problèmes liés à sa politique sur la présence à faible taux [d’OGM] » [10].

Les nouvelles techniques de biotechnologie évaluées en Europe

Comprendre ces nouvelles techniques de biotechnologie n’est pas chose aisée. En 2007, la Commission européenne a mis en place un « groupe de travail sur les nouvelles techniques » visant à définir les techniques tombant sous le coup du champ d’application de la législation OGM. Ce groupe de travail s’est intéressé à la mutagenèse dirigée par oligonucléotides (OdM), aux nucléases à doigt de zinc (ZFN-1, ZFN-2 et ZFN-3), à la cisgenèse et intragenèse, à la greffe, à l’agro-infiltration, à la méthylation de l’ADN dépendante de l’ARN, à l’amélioration inverse et à la biologie synthétique. Ce groupe de travail n’a pas réussi à adopter un avis scientifique unanime [11].

La Commission a également requis l’opinion de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) sur la cisgenèse / intragenèse et les nucléases à doigt de zinc ZFN-3 pour évaluer les risques posés par ces techniques et établir si le cadre existant d’évaluation des risques liés aux OGM est approprié.
A la suite de cet avis et de plusieurs reports, la Commission européenne indique maintenant qu’elle publiera d’ici la fin de l’année sa propre interprétation du droit quant à savoir quelles techniques répondent à la définition d’OGM telle qu’établie par la législation sur les OGM et doivent donc être réglementées conformément à cette législation. Le Conseil (États membres) et le Parlement européen n’auront rien à dire.

L’industrie souhaite ardemment voir ces produits ne pas être soumis à cette législation. Une structure de lobby des entreprises a été créée pour plaider que ces techniques ne donnent pas d’OGM : la plateforme sur les nouvelles techniques de biotechnologies (NBT), dont le secrétariat et la coordination sont assurés par le cabinet de consultant néerlandais Schuttelaar and Partners. Cette « plateforme NBT » a publié un avis juridique dont la conclusion est on ne peut plus claire : aucune des nouvelles techniques de biotechnologie ne donne des OGM et ne doit donc être soumise à la législation sur les OGM [12].

De leur côté, trente organisations de la société civile ont adressé une lettre ouverte au Commissaire de la DG Sanco, Andriukaitis, en début d’année, pour demander que les produits issus des nouvelles techniques de biotechnologie soient bel et bien réglementés selon la législation européenne sur les OGM, et que « les tests de sécurité environnementaux et sanitaires soient renforcés face à l’énorme potentiel de ces nouvelles techniques (seules ou regroupées) à modifier le code génétique des plantes, des animaux et d’autres organismes ». Les organisations demandaient également qu’« aucun sujet abordé dans les négociations du TTIP et du CETA ne limite la souveraineté européenne ni sa capacité à réguler les techniques du génie génétique et les produits en découlant, tels que les OGM ».

Les OGM étasuniens disponibles pour tous

L’approche des États-Unis pour gérer les OGM est entièrement différente de l’approche européenne. Selon le Center for food safety, la législation étasunienne sur les OGM est basée presque entièrement sur des démarches volontaires et comporte de nombreuses lacunes, sans évaluation des risques sanitaires et environnementaux [13]. Les États-Unis ont déjà autorisé certaines des nouvelles techniques de biotechnologie, à l’instar de la mutagénèse dirigée par oligonucléotides « système de développement rapide de caractères » de l’entreprise étasunienne Cibus, de certaines nucléases à doigt de zinc et de l’amélioration inverse. Des problèmes peuvent se poser lorsque les produits GM de ces nouvelles techniques sont produits aux États-Unis et terminent dans la chaîne alimentaire, sans qu’ils ne soient autorisés dans l’Union européenne.

La délégation européenne invitée par les entreprises semencières

Des courriels rendus publics par la Commission européenne auprès de CEO, via les règles du droit à l’information, montrent que ces nouvelles techniques de biotechnologie sont de fait discutées par les officiels étasuniens et européens, et l’industrie. Le premier courriel a été envoyé par le bureau du représentant au commerce étasunien (USTR) à la délégation européenne présente à Washington [14] le 17 mars 2014, juste après les discussions autour du TTIP qui ont eu lieu à Bruxelles.

Dans le courriel [15], la délégation européenne est invitée à participer à une réunion de lobby avec l’Association étasunienne de commerce des semences (ASTA) et l’Association européenne des semences (ESA) pour discuter des “intérêts [des entreprises] dans le TTIP”. Le courriel confirme que « une coopération bilatérale sur les problèmes liés au commerce des semences” a été abordée lors des discussions sur les aspects sanitaires et phytosanitaires (SPS) du TTIP : « Cher x et x, je souhaitais vous inviter à une réunion avec l’association étasunienne du commerce de semences (ASTA) et l’association européenne des semences (ESA) »…

L’auteur du courriel continue en indiquant que participeront à cette réunion l’association néerlandaise des semences (Plantum), l’agence APHIS (service d’inspection de la santé végétale et animale du ministère étasunien de l’agriculture) et FAS (service agricole extérieur, faisant la promotion des opportunités d’exportation par les entreprises étasuniennes).

L’invitation a été acceptée. En clair, des officiels étasuniens et la délégation européenne ont eu une réunion avec les industries semencières étasuniennes et européennes (chacune représentant largement les intérêts de grandes entreprises de biotechnologie comme Monsanto, Syngenta, Bayer, BASF, Limagrain et DuPont / Pioneer) pour discuter de la position des entreprises sur le TTIP.

La délégation européenne a ensuite adressé un courriel [16] à ses collègues de la Commission européenne (DG Sanco), résumant le papier de l’ASTA et de l’ESA : « Les deux associations ont listé trois sujets prioritaires dans le cadre du TTIP : les aspects phytosanitaires et le rôle que peut jouer le groupe de travail sur la santé végétale, les nouvelles techniques de biotechnologie (les deux ne voient aucun besoin de réglementation) et la présence d’OGM dans les semences conventionnelles ».

Ceci montre que deux des trois sujets prioritaires pour les entreprises semencières autour du TTIP sont liés aux OGM ; les nouvelles techniques de biotechnologie (appelées « nouvelles techniques de sélection végétale » par l’industrie) et l’actuelle politique de tolérance zéro de l’Union européenne sur la contamination des semences (et des aliments) par des OGM non autorisés.

L’auteur du courriel confirme que deux personnes de la mission européenne se joindront à cette réunion avec les entreprises semencières et demande à la DG Sanco quelles positions prendre sur ces sujets.

La DG Sanco a alors répondu [17] en fournissant quelques clarifications. Il est néanmoins clair, au vu de la réponse de la DG Sanco rendue publique, que le simple fait que la délégation européenne rencontre ses homologues étasuniens et les industries étasuniennes et européennes pour discuter de la façon de réglementer les OGM n’est pas remis en cause.

Tard le soir, ce vendredi 21 mars, a été envoyé, par la délégation européenne à la DG Sanco, un court rapport sur cette réunion [18]. Ce rapport montre que non seulement l’association néerlandaise des semences était présente mais également ses homologues allemande et française. La réunion de lobby était organisée non seulement par le gouvernement étasunien mais présidée par le bureau du représentant au commerce étasunien. La délégation européenne, selon le rapport, a « participé plus ou moins en tant qu’observateur ». Et de continuer en indiquant que : « L’association européenne des semences a indiqué que les trois points [les trois sujets prioritaires] n’étaient pas l’objet de controverses entre les entreprises des deux côtés de l’Atlantique et qu’elles ne toucheraient pas aux objectifs des politiques européennes et étasuniennes mais se concentreraient sur des domaines d’acceptabilité commune ».

Les deux organisations ont mis en avant que « les nouvelles techniques de biotechnologie pourraient provoquer des dérèglements commerciaux si une batterie de législations différentes étaient mises en place et que la meilleure approche était donc de ne pas les réglementer ».

Le papier de position de l’ASTA-ESA a été communiqué à CEO [19]. Il indique que « la future utilisation des nouvelles techniques de biotechnologie […] et l’introduction des nouvelles variétés végétales dans l’agriculture commerciale dépendront pour beaucoup d’un environnement législatif le permettant et d’une politique publique de soutien. Les différences de définitions et de cadres législatifs constitueraient des obstacles majeurs pour le commerce et le développement de ces techniques. D’une manière générale, pour les nouvelles techniques de biotechnologie, l’ESA et l’ASTA ne voient aucun besoin de réglementation ».

Conclusion : la législation européenne sur les OGM pas au menu du TTIP ?

Ces courriels obtenus par le biais du droit à l’information montrent qu’une « coopération bilatérale sur les problèmes de commerce de semences » a été discutée. Il appartient maintenant à la Commission de clarifier ce qui a été discuté dans le détail lors de ces échanges et par qui.

Et d’autres explications doivent également être fournies : nous savons que la délégation européenne aux États-Unis s’est rendue à une réunion organisée par l’USTR pour être tenue informée des demandes des entreprises transatlantiques de semences sur le TTIP. Deux de leurs trois priorités sont liées aux OGM. La Commission européenne de retour à Bruxelles a fourni des données pour cette réunion, sans souligner qu’il serait inapproprié de discuter de la mise en œuvre de sa législation sur les OGM dans le cadre du TTIP.

Ces courriels révèlent également (peut-être n’est-ce pas étonnant) que l’USTR agit comme un bras armé de l’industrie en organisant cette réunion. Les documents montrent également que la délégation européenne à Washington est ciblée par le lobby des industries étasuniennes et européennes, ce que l’on ignorait jusqu’à présent. L’ASTA n’est pas enregistrée au Registre européen de transparence, pas plus que l’ESA dans le registre étasunien. Ces registres ont donc échoué à identifier ces activistes du lobby transatlantique.

La question de la réglementation des nouvelles techniques de biotechnologie et la politique de tolérance zéro pour les OGM illégaux sont au cœur de la législation européenne sur les OGM. Le fait que ces deux sujets aient été discutés dans de telles réunions comme le montrent ces courriels est inquiétant. Dans les deux cas, ce n’est pas nécessairement la loi elle-même qui nécessitera d’être changée mais sa mise en œuvre avec potentiellement de grosses implications pour les normes alimentaires et environnementales.

Ces documents permettent finalement une autre lecture des propos de la Commission européenne affirmant que la législation sur les OGM n’est pas au menu du TTIP.

 

Un rapport gouvernemental britannique révèle l’ampleur des impacts sur les personnes vivant à proximité des puits de fracturation

STOP GAZ DE SCHISTE ! (Ni ici Ni Ailleurs)

 

Les personnes vivant à proximité des sites de fracturation pourraient être affectées par des problèmes de santé ainsi que des difficultés financières tandis que –sans véritable surprise- le gaz de schiste ne peut contribuer à limiter le changement climatique. C’est ce qu’indique un rapport finalement révélé par le gouvernement britannique. Un rapport que les autorités avaient tenté de dissimuler. Ou plus précisément un rapport qui avait été publié partiellement, puisque les parties les plus sensibles en avaient été expurgées.

Un rapport caché

Le rapport – qui avait été initialement fortement expurgé mais qui a maintenant été entièrement publié après que la commissaire à l’information ait ordonné au gouvernement de le faire – comprend des passages marquants -lesquels avaient été précédemment dissimulés- sur les risques de vivre près de sites où son exploité les hydrocarbures par fracturation hydraulique:

« Les propriétés situées dans un rayon de 8 km (5 miles) du site de forage peuvent également faire l’objet d’un surcoût d’assurance afin de couvrir les pertes en cas d’explosion sur le site. »

« Une telle situation auraient sans aucun doute des impacts sociaux » peut-on noter dans le rapport. D’autres impacts sanitaires et financiers affectant les communautés rurales locales sont détaillés dans le rapport – et sont finalement rendus publics. Depuis l’été dernier, l’association Greenpeace UK demandait au département en charge de l’environnement, de la nourriture et des affaires rurales (DEFRA -Department for Environment, Food & Rural Affairs au department) de lui communiquer les informations manquantes. Ses requêtes étant restées sans réponse, l’ONG a finalement obtenu gain de cause à travers le Commissariat à l’information (l’équivalent de la Commission d’accès aux documents administratifs CADA en France) lequel a enjoint le gouvernement britannique de rendre publique la totalité du rapport. En voici les points saillants :

Santé : l’eau, le bruit, la lumière et la pollution de l’air

Les populations pourraient subir les conséquences de la contamination des eaux de surface par les opérations de fracturation hydraulique – le rapport ne relève pas la contamination directe de l’eau potable, mais cette contamination « peut affecter la santé humaine forage gaz de schisteindirectement par la consommation de la faune contaminée, du bétail, ou des produits agricoles ». Le rapport reconnaît également que les pollutions sonores et lumineuses à partir des plates-formes peuvent également induire des problèmes tels « certains résidents peuvent être éprouvés par les bruits assourdissants et la pollution lumineuse qui peut perturber les habitudes de sommeil ». Le rapport ajoute qu’ « au-delà des odeurs nocives qui peuvent être ressenties, le processus de ventilation des gaz peut également avoir un impact sur la qualité de l’air pour les résidents locaux ».

La circulation des camions à destination et au départ des sites – qui peut correspondre à une moyenne de 14 à 51 voyages par jour sur une période de plusieurs semaines – peut également avoir un impact par la pollution de l’air et la pollution sonore que génèrent ses mouvements.

Les divers troubles pouvant affecter la santé des populations peuvent également générer un engorgement des services de santé qui devraient par ailleurs faire face à une demande supplémentaire venant des ouvriers impliqués dans les travaux de forage, de fracturation et de mise en service des sites de production d’hydrocarbure.

Le rapport indique qu’il est difficile de savoir si le financement supplémentaire versé aux communautés locales permettra de couvrir à terme les coûts supplémentaires liés au fonctionnement des nouvelles écoles et nouveaux centre de soins nécessaires lesquels devront continuer à être utilisés et pris en charge par les communautés rurales existantes.

Impacts financiers sur le logement et l’emploi

Vous vivez à proximité d’un puits d’où l’on va exploiter le gaz ou le pétrole de schiste ? La valeur de votre maison pourrait baisser de 7% si vous habitez dans un rayon de 2 kilomètres (alors que d’autres estimations, parlent d’une baisse de 10% jusqu’à 70% des valeurs immobilières) et vous pourriez voir le montant de votre police d’assurance habitation augmenter pour couvrir les risques en cas d’explosion sur le site.

Vous êtes locataires, les loyers risquent d’augmenter lors de l’afflux des foreurs dans la région.

Pour l’économie locale, l’exploitation des pétroles et gaz de schiste, c’est la pochette surprise : des avantages à court terme masquent les coûts (pertes) réels dans d’autres secteurs, y compris « l’agriculture, le tourisme, l’agriculture biologique, la chasse, la pêche et les loisirs de plein air » précise le rapport qui questionne le devenir des économies locales après le départ des foreurs. Concernant les populations locales qui pensaient trouver du travail dans l’industrie de la fracturation hydraulique, il existe aussi une sérieuse incertitude d’une part sur « la durabilité des investissements dans le gaz de schiste » et d’autre part sur « les compétences nécessaires requises dans les métiers de l’exploitation des hydrocarbures limitant de ce fait l’offre d’emplois locaux ».

Incertitude réglementaire … et défausse du gouvernement

Alors que le budget du ministère britannique en charge de l’énergie et du climat est en très nette diminution, il est intéressant de voir que le rapport recommande « une augmentation de la capacité des agences sanitaires et de protection de l’environnement en charge du contrôle de l’application de la réglementation » !

Tentant d’éteindre l’incendie crée par la publication du rapport, le département en charge de l’environnement, de la nourriture et des affaires rurales a déclaré que « ce document a été établi comme un projet de discussion interne – son niveau d’analyse n’est pas suffisamment robuste, il n’a pas fait l’objet d’une revue par des pairs et reste incomplet. Il ne contient pas de nouvelles données ou de preuves documentée, et la plupart des conclusions équivalent à des conjectures sans fondement, qui ne représentent pas les vues des fonctionnaires ou des ministres ».

Ça ne vous rappelle rien ? On dirait, peut-être en pire, la dissimulation par le gouvernement en France du rapport de l’ADEME « Vers une France 100% renouvelable en 2050 ».

Lire le rapport non expurgé dans son intégralité ici

Source EnergyDesk Greenpeace UK

Les Sénateurs veulent torpiller l’amendement interdisant les pesticides tueurs d’abeilles !

Chère amie, cher ami,

C’est une mobilisation d’une ampleur sans précédent que nous avons lancée il y a un peu plus d’une semaine pour convaincre les sénateurs d’adopter l’amendement #StopNeonics : plus de 120 000 personnes, en France, ont envoyé un message direct aux sénateurs de leur département, et des milliers de citoyens d’autres pays européens ont envoyé des messages de soutien à cette action salvatrice pour les abeilles et l’environnement.

Dans certains départements, comme dans le Rhône, les sénateurs ont reçu jusqu’à 4300 messages d’un coup !

Du Nord à l’Isère, de la Moselle aux Pyrénées-Atlantiques, et jusqu’en Guadeloupe, la mobilisation a été exceptionnelle : un grand merci à tous ceux qui ont déjà participé !

Si vous n’avez pas encore envoyé votre message aux sénateurs de votre département, il est encore temps de rejoindre le mouvement : cliquez ici.

Car la bataille fait rage au Sénat, et il devient urgent de muscler notre action.

Le 24 juin dernier, les sénateurs de la commission des Affaires économiques sont montés au créneau pour torpiller l’amendement interdisant les néonicotinoïdes tueurs d’abeilles au 1er janvier 2016.

D’après ce groupe influent chez les Parlementaires, « L’impératif environnemental ne doit pas conduire à faire la guerre à l’activité économique ». Autrement dit : « Quelque soient les conséquences des néonicotinoïdes pour les abeilles et l’environnement, ne mettez pas de bâtons dans les roues des agrochimistes ! ».

Ils osent nous sortir ce genre d’arguments, alors que l’INRA (l’Institut National de la Recherche Agronomique) estime aujourd’hui à 153 milliards d’euros par an l’action indispensable des pollinisateurs pour les rendements et la qualité des récoltes des agriculteurs !

On croirait entendre les porte-paroles de l’industrie agrochimique eux-mêmes défendre leur business, en évitant soigneusement de parler des centaines de millions d’euros d’aides et de subventions injectés chaque année dans le système agricole pour le maintenir à flot, et leur permettre d’écouler leurs poisons…

On ferait mieux de donner ces aides aux agriculteurs pour financer le passage à des systèmes tout aussi productifs, mais respectueux de leur santé, et bénéfiques pour l’environnement et les pollinisateurs dont dépendent leurs récoltes !

Mais pas du tout ! Non seulement les sénateurs de la Commission des Affaires Economiques rejettent tout net l’interdiction des néonicotinoïdes, mais en plus ils ferment la porte aux tentatives d’agriculture responsable prévues dans ce projet de loi : aide au financement de projets locaux d’agriculture durable, « zones prioritaires de biodiversité » à protéger absolument…

… ou les zones agricoles « propres » sans néonicotinoïdes proposées par la Ministre de l’écologie.

Toutes ces initiatives essentielles pour promouvoir une agriculture moins dépendante des pesticides sont rejetées par ces sénateurs, sous des prétextes économiques qui rappellent dangereusement le discours des grandes firmes de l’agrochimie…

Ne laissons pas les lobbies de l’agro-industrie avoir le dernier mot !

La semaine prochaine, le texte sera examiné par la Commission du Développement Durable du Sénat. Nous devons mettre une pression exemplaire sur l’ensemble des sénateurs pour s’assurer qu’ils ne cèdent pas à la pression de l’industrie agrochimique qui les pousse à abandonner l’amendement #StopNeonics, mais qu’au contraire ils votent cet amendement et interdisent pour de bon les pesticides tueurs d’abeilles sur le sol français.

Notre atout majeur dans ce bras de fer avec l’agrochimie, c’est que suite aux messages qu’ils ont reçus des habitants de leur département, plusieurs sénateurs courageux se sont engagés auprès de Pollinis à mener le combat dans l’hémicycle pour que leurs collègues adoptent l’amendement interdisant les pesticides néoniconitonoïdes.

Mais ils ne peuvent pas mener ce combat seuls : ils ont besoin de l’aide des citoyens pour faire face aux lobbies de l’industrie agrochimique et aux sénateurs qui leur sont favorables, et recueillir le vote d’un maximum de sénateurs.

C’est pourquoi, de notre côté, nous devons à tout prix continuer la mobilisation.

Si l’amendement #StopNeonics était adopté, il mettrait fin aux conséquences désastreuses de l’utilisation des pesticides néonicotinoïdes sur les pollinisateurs, l’environnement, la santé des agriculteurs et tout l’écosystème.

L’enjeu est crucial.

Pour soutenir l’action des sénateurs qui se sont engagés à nos côtés, nous devons obliger encore plus d’élus à se prononcer en faveur de l’amendement. Dès maintenant. Et pour ça, je ne connais pas de meilleur moyen que la pression populaire !

Aussi, si vous n’avez pas encore envoyé votre message aux sénateurs de votre département, cliquez ici pour le faire via notre formulaire automatisé.

Si vous avez déjà participé à cette action, s’il vous plaît, prenez quand même quelques minutes pour transférer ce message à vos amis. Expliquez-leur à quel point ce qui se joue, en ce moment même, au Sénat, est crucial pour les polinisateurs, l’agriculture et l’avenir alimentaire de toute la population.

Demandez-leur de prendre, eux aussi, quelques minutes de leur temps pour envoyer leur message à leurs sénateurs, et inciter leurs amis à faire de même.

Par effet boule de neige, j’espère que nous pourrons très vite doubler, voire tripler le nombre de signatures, et mettre sur les sénateurs une pression telle qu’ils ne pourront plus faire la sourde oreille aux appels de détresse des citoyens qui leur demandent de préserver leur santé et celle de leurs enfants !

Nous avons une occasion inouïe de cesser enfin le massacre à grande échelle des abeilles, et aller vers une agriculture plus saine, propre et durable, respectueuse de la biodiversité dont elle dépend.

Ne laissez pas passer cette chance : envoyez dès maintenant votre message aux sénateurs de votre département en utilisant le formulaire préparé par Pollinis, et mobilisez vos proches et tous vos contacts pour qu’ils rejoignent eux aussi le mouvement !

Un grand merci par avance.

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué général de Pollinis

 

Pollinis   Association Loi 1901   143 Avenue Parmentier 75010 Paris   http://www.pollinis.org 

Pollinis est un mouvement citoyen européen, indépendant, à but non lucratif, qui mène des campagnes auprès des hommes politiques et des institutions européennes pour accélérer – en Europe et dans le monde – le passage à une agriculture durable, respectueuse de l’environnement et des pollinisateurs dont elle dépend. Pollinis repose entièrement sur les dons de citoyens engagés comme vous dans ce combat vital pour l’avenir de l’agriculture et de la planète, et ne reçoit aucun financement de gouvernements ou d’organisations professionnelles pour pouvoir conserver une parfaite indépendance vis-à-vis de tout pouvoir économique ou politique. Si vous souhaitez apporter votre soutien financier à nos actions, cliquez ici pour accéder à notre page de don sécurisée.

 

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19 OGM autorisés : la Commission donne des gages à l’industrie

Information critique & indépendante sur les OGM, les biotechnologies et les semences

19 OGM autorisés : la Commission donne des gages à l’industrie

Eric MEUNIER, juin 2015

Le 24 avril 2015, la Commission européenne a autorisé l’importation de 19 plantes génétiquement modifiées (PGM) [1]. Cette décision a été prise suite à l’absence de majorité qualifiée lors des votes des États membres. L’autorisation a été délivrée deux jours après que la Commission ait proposé aux États membres un outil supplémentaire pour interdire nationalement l’importation d’OGM [2]. Une décision qui constitue un signal politique pour les entreprises de biotechnologie, les États-Unis et les États membres de l’Union européenne.
MISE A JOUR – En février 2015, des organisations professionnelles étasuniennes exigeaient de la Commission une autorisation de ces OGM.

Deux jours. Voilà le temps que la Commission européenne aura laissé passer entre la proposition faite aux États membres pour interdire nationalement l’importation d’OGM et l’autorisation formelle de 19 d’entre eux. Deux jours pour signifier aux États membres que la Commission européenne souhaite maintenant reprendre la main sur les autorisations.

Les 19 PGM autorisées à l’importation

Les PGM concernées par la décision d’autorisation délivrée ce 24 avril 2015 avaient tous passé le stade de vote des États membres. Mais aucune majorité qualifiée n’ayant été obtenue, conformément aux règles de comitologie, la Commission européenne avait hérité de la décision finale à prendre. Dans le détail, il s’agit de dix nouvelles autorisations d’importation à destination de l’alimentation humaine et animale [3], de deux nouvelles autorisations pour l’importation seule (des œillets) [4] et de sept renouvellements d’autorisation pour l’alimentation humaine et animale [5]. Par cette décision, la Commission européenne met donc un terme à 17 mois sans décision d’autorisation, la dernière décision remontant à novembre 2013 pour l’importation de dix OGM [6]. Dans le paquet des autorisations données se trouve celle de renouvellement d’autorisation du maïs Nk603. Il faut ici rappeler que ce maïs fait, depuis 2012, l’objet d’une controverse scientifique quant aux impacts sanitaires sur le long terme liés à sa consommation suite à l’article de G.-E. Séralini [7]. Une controverse qui avait amené la Commission européenne à mettre en place une étude sur les effets à long terme d’OGM [8]. En décidant d’autoriser ce maïs, la Commission européenne fait donc le pari que cette étude conclura à l’absence d’impacts…

La décision d’aujourd’hui porte donc à 70 le nombre d’OGM autorisés à l’importation dans l’Union européenne, dont une majorité pour l’alimentation humaine et animale. 44 OGM restent en attente d’une décision finale, soit parce qu’ils attendent d’être évalués par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), soit parce qu’ils doivent être soumis au vote des États membres.

Un louvoiement difficile à suivre

Comment comprendre le calendrier de la Commission européenne alors même qu’elle vient d’initier un travail législatif avec les États membres sur les importations d’OGM justement ?
D’une part, le groupe de lobby des entreprises de biotechnologies EuropaBio et d’autres avaient, en octobre 2014, déposé une plainte auprès de la médiatrice européenne, pour dénoncer les délais de traitement de plusieurs demandes d’autorisation d’OGM [9]. Cette plainte n’avait aucun enjeu judiciaire, la médiatrice pouvant au mieux rappeler la Commission européenne à ses obligations. Mais elle constituait un signal clair que les entreprises ne souhaitaient plus que l’Union européenne maintienne ce qu’elles considéraient être un moratoire de facto, à savoir plusieurs mois sans décision du fait de travaux législatifs en cours.
D’autre part, la Commission européenne est engagée dans une négociation sur un partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement [10] avec les États-Unis. Par cette décision, la Commission européenne fait donc le choix d’envoyer un signal au gouvernement étasunien et aux entreprises qui l’avaient clairement demandé pas plus tard qu’en février 2015 (cf. encadré ci-dessous) : l’Union européenne ne fermera plus son marché aux importations d’OGM. Car les entreprises se sont régulièrement plaintes de l’absence de synchronisation entre les autorisations étasuniennes et les autorisations européennes. Avec 19 autorisations d’un coup, la Commission européenne compense de manière non négligeable ce « retard ».

Quand les producteurs de soja étasuniens menacent la Commission européenne

Le 12 février 2015, treize organisations étasunienne adressaient un courrier au chef de la Direction Générale de la Santé des Consommateurs (DG Sanco), le Commissaire Vytenis Andriukaitis [11] [12]. Objectif : demander à la Commission européenne « d’approuver treize demandes d’autorisation d’importation sans délai ». Ces treize demandes (pas précisément listées dans le courrier) sont toutes dépendantes d’une décision finale de la Commission européenne, après avoir passé les étapes de vote des États membres (Comité Permanent de la Chaîne alimentaire et Comité d’appel).
Pour argumenter leur demande, les organisations étasuniennes rappellent que l’Union européenne est dépendante d’importations en protéines pour son alimentation animale et qu’une non décision d’autorisation pourrait provoquer une « désorganisation de l’approvisionnement essentiel des stocks alimentaires nécessaires aux industries européennes d’élevage de bétail, de volaille et alimentaires ». Et elles soulignent que « toute désorganisation du commerce induira des coûts, notamment pour les consommateurs européens ».
Pour conclure, elles rappellent que l’OMC requiert de ses membres que des décisions sur des demandes d’autorisation d’OGM soient prises selon un calendrier précis. Une menace à peine cachée d’une seconde plainte à l’OMC ? Enfin, elles précisent au Commissaire que « le respect par l’Union européenne de ses obligations commerciales existantes est nécessaire pour permettre le succès des négociations en cours sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) ».

Un signal que constate d’ailleurs l’eurodéputé José Bové qui considère que « le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker se couche devant le lobby des entreprises transgéniques. Il se moque des consommateurs européens qui depuis le début sont opposés aux plantes transgéniques. Il fait une concession majeure pour faciliter la signature de l’accord de libre-échange avec les USA, les OGM en étant une des pommes de discorde » [13].

Comment la CE veut-elle revoir les procédures d’autorisation ? En reprenant la main !

Pour ce qui concerne l’alimentation humaine et animale, la Commission européenne a donc aujourd’hui finalisé les demandes d’autorisation dépendantes de sa seule décision. Et ce, alors qu’elle était plutôt attendue sur un autre dossier, cette fois pour la culture, celui du maïs TC1507. La Commission européenne ayant fait adopter par les États membres en janvier 2015 une nouvelle procédure d’interdiction nationale de mise en culture d’OGM [14], tout le monde s’attendait à ce que sa première décision d’autorisation concerne ce maïs plutôt que les OGM destinés à l’importation. Dans un premier temps, la Commission contente donc les entreprises de biotechnologie, avec les importations, sans mécontenter les États membres ni surtout leur population, en n’autorisant pas une nouvelle PGM à la culture.

Suite à sa prise de fonction comme Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker annonçait en 2014 que la Commission allait revoir les procédures d’autorisation des OGM et le 22 avril, elle présentait un nouvel outil pour interdire nationalement les importations d’OGM. Mais en guise de révision des procédures, la Commission européenne pourrait bien avoir décidé de changer de politique. Si la Commission Barroso attendait la fin des discussions sur des textes législatifs (comme sa proposition d’interdiction sur la culture) pour décider ensuite des autorisations, la Commission Juncker affiche clairement qu’elle n’attendra pas : deux jours après sa proposition, elle autorise les PGM en attente. C’est donc une reprise voire une accélération du calendrier de traitement des demandes qui est mise en œuvre. On en vient presque à douter de la sincérité de la proposition d’avant-hier…

GB : La demande d’autorisation de forage de gaz de schiste rejetée au Lancashire

STOP GAZ DE SCHISTE ! (Ni ici Ni Ailleurs)

en Rhône-Alpes, en Franche-Comté, en France, en Europe et ailleurs: Gaz et pétrole de schiste non merci!

 

 

Ce lundi 29 Juin 2015, le Conseil de comté du Lancashire (Nord-Ouest de l’Angleterre) a rejeté une demande de permis de forage de gaz de schiste qui devait être suivi de fracturation hydraulique. Cette demande faite par la société Cuadrilla a été vivement combattue par de nombreux citoyens mobilisés depuis de long mois. Une telle décision est un coup majeur porté contre le souhait hautement revendiqué par le premier ministre conservateur David Cameron de lancer la recherche et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels sur le sol britannique.

Un deuxième décision de rejet en deux semaines

A l’annonce de cette décision, des centaines de militants anti-gaz de schiste qui se tenaient à l’extérieur du bâtiment où le Conseil devait prendre sa décision ont réagi avec joie et deskeep lancashire frack free acclamations. Ceux qui étaient dans la salle du Conseil ont applaudit à l’annonce du verdict. Ce rejet surprise concerne un site de Preston New Road, près de Little Plumpton sur la Fylde, où Cuadrilla espérait forer quatre puits avant d’entreprendre des opérations de fracturation hydraulique pour l’extraction de gaz de schiste.

Au Conseil, neuf conseillers de la commission développement qui en comporte 14 ont voté en faveur d’une motion de rejet de la demande, leur décision se fondant sur l’impact visuel et sonore inacceptable. Une expérience de surveillance des activités sismiques figurant à la demande a également motivé ce rejet.

Cette décision qui était attendue depuis longtemps et avait été retardée fait suite à une autre décision prise la semaine précédente de rejet d’une autre demande de Cuadrilla à Roseacre Wood, entre Preston et Blackpool. Les fonctionnaires chargés de l’analyse des demandes avaient de leur côté formulé un avis de rejet pour la demande de Roseacre Wood mais recommandaient d’approuver celle de Preston New Road. Les élus n’auront donc pas suivi ce dernier avis.

Déception des industriels

Avant de prendre leur décision, les élus ont été avertis qu’en cas rejet, Cuadrilla seule société à avoir déjà pratiqué la fracturation hydraulique au Royaume Uni pourrait faire appel. Dans un communiqué, la société déclare qu’elle est « surprise et déçue » par la décision, et qu’elle « reste mobilisée pour exploiter le gaz de schiste dans le Lancashire » (sic!). « Nous allons maintenant prendre le temps d’examiner nos options concernant un appel de cette décision, ainsi que pour les autres demandes récemment rejetées, et ceci contre l’avis des fonctionnaires chargés de l’examen des dossiers » précise le communiqué. Centrica, qui détient une participation de 25% dans Cuadrilla , s’est déclarée extrêmement déçue par la décision. « Ceci a représenté un investissement important pour nous d’arriver où nous sommes aujourd’hui, donc nous allons consulter nos partenaires de Cuadrilla pour décider des prochaines étapes ».

Pressions non dissimulée des industriels

Ken Cronin, patron d’Ukoog, qui représente l’industrie du schiste, a appelé le gouvernement à revoir le processus de planification. « Cette décision après un long processus de 15 mois ne peut pas être correcte, et je prie instamment le gouvernement d’examiner en urgence le processus de prise de décision ».

Enthousiasme des écologistes face à la décision de rejet de la demande de permis

Pour Liz Hutchins, chargée de campagnes aux Amis de la Terre, et présente sur place avec d’autres militants : « Ceci est une grande victoire qui va au-delà de nos attentes. Il n’était pas possible pour les conseillers de prendre une décision qui allait à l’encontre du souhait de la population. Ceci est lancashire-fracking-prostestun vrai coup porté à Cuadrilla et au gouvernement. Évidemment Cuadrilla va essayer de faire appel, mais nous voulons un engagement de David Cameron de ne pas aller à l’encontre des souhaits exprimés par la population locale ici ». Pour Daisy Sands, chargée de campagne énergie climat à Greenpeace UK « cette décision est un Waterloo pour l’industrie du fracking et un triomphe pour la démocratie locale ». Environ 500 personnes manifestaient devant l’hôtel de ville au moment où se prenait la décision tandis que plus de 50.000 personnes avaient signé une pétition appelant au rejet des demandes de permis.

Plusieurs conseillers ont déclaré que cette décision avait été extrêmement difficile à prendre, l’un disant même qu’elle avait été « l’une des décisions les plus difficiles de notre vie ». Un membre du comité ajoutant qu’ils avaient eu à faire face à une pression intolérable sur cette l’affaire. Marcus Johnstone, membre du comité explique: « La décision de refuser cette demande a été prise par un vote du comité, lequel est composé de conseillers élus, et chaque membre du comité a finalement exprimé son vote sur la base des éléments de preuve qu’il avait pu consulter pour décider si la proposition était acceptable en termes de planification, et pour les gens qu’ils ont la charge de représenter ».

Une sérieuse épine dans le pied du gouvernement britannique

David Cameron avait indiqué que les conservateurs feraient tout pour lancer l’exploitation du gaz de schiste et Amber Rudd, en charge de l’énergie et du climat au gouvernement, avait promis après sa nomination qu’elle « livrerait du gaz de schiste ». Pour Andrea Leadsom, ministre de l’énergie, la fracking_lancashire_decisiondécision est «décevante». Pour elle « le gaz de schiste représente un énorme potentiel pour le Royaume-Uni. Il est l’occasion de développer une nouvelle source d’énergie domestique qui permettrait de remplacer les importations et de créer des dizaines de milliers d’emplois. Je suis convaincu qu’on y arrivera. Et le gouvernement en soutiendra le développement ».

Pour le Professeur Jim Watson, Directeur de recherche au Centre de recherche sur l’Énergie du Royaume-Uni, « La décision d’aujourd’hui illustre une fois encore que le gaz de schiste est très controversé, et elle aura des implications sur la rapidité avec laquelle la recherche et l’exploitation du gaz de schiste peuvent être développées. Bien que cela montre que les décisions locales continueront de peser dans nos choix énergétique, il est probable que cette décision sera contestée ».

Source : The Guardian