L’UE fait marche arrière et veut limiter les biocarburants « conventionnels »

Le Monde.fr avec AFP | 11.09.2012 à 17h43

Les biocarburants sont classés, en fonction de leur matière première, en plusieurs catégories.

Accusée par des ONG d’avoir encouragé sans discernement le recours aux biocarburants, le Commission européenne envisage de réviser ses objectifs en plafonnant l’utilisation de ceux qui ont un fort impact sur l’affectation des sols, selon un projet de loi, qui pourrait être publié courant octobre.

En 2009, l’UE s’était fixée l’objectif ambitieux que les énergies renouvelables représentent d’ici 2020 10 % de la consommation d’énergie du secteur des transports. Or, cette législation n’avait pas pris en compte les conséquences néfastes du boom de certains biocarburants sur l’affectation des sols – déforestation, pénuries de céréales… – qui sont aujourd’hui vivement dénoncées par les ONG environnementales et de développement ou par l’ONU.

DES PRESSIONS SUR L’EAU ET LA TERRE

Bruxelles estime à présent qu’il faut « faire évoluer le bouquet énergétique de biocarburants en faveur des plus performants » et des plus neutres en matière d’impact sur les sols, selon une source européenne. Il propose que la part de l’énergie issue de biocarburants dits conventionnels à base de cultures alimentaires, tels que le colza ou les céréales, soit plafonnée à 5 % de la consommation finale d’énergie dans les transports d’ici 2020. Actuellement, cette part est déjà de 4,5 %. Il cherche aussi à encourager le développement de biocarburants innovants (à base d’algues ou de déchets), qui ont un moindre impact sur les sols.

Dans un récent rapport, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a dénoncé les « pressions sur des ressources clé comme l’eau et les terres » que peut avoir le développement des bioénergies « lorsqu’il n’est pas bien géré ». Le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva, a demandé le 10 août aux Etats-Unis de suspendre leur production de bioéthanol à partir de maïs pour éviter une crise alimentaire, dans une tribune publiée par le quotidien britannique Financial Times.

« UN REVERS AMER POUR LE CHANGEMENT ÉNERGÉTIQUE »

Robbie Blake, de l’ONG Les Amis de la Terre, se félicite du constat tiré par la Commission, même s’il estime qu’elle ne va pas assez loin et ne tire pas toutes les conséquences. « Nous devons supprimer le recours aux biocarburants tirés de cultures alimentaires, pas le porter à 5 % », estime-t-il.

Cette législation marquerait « un revers amer pour le changement énergétique dans le secteur des transports en Allemagne« , en particulier les producteurs de bioéthanol et de biodiesel, a au contraire estimé dans un communiqué le directeur de la Fédération allemande de l’industrie des biocarburants, Elmar Baumann. Selon M. Baumann, « cette législation aurait pour conséquence de fermer des unités de production qui n’ont été construites que dans le but de remplir les objectifs de l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables ».

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